Saad Hariri à Paris : retour sur les relations si particulières entre la France et le Liban

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DÉCRYPTAGE - En accueillant le Premier ministre libanais démissionnaire, qui est arrivé ce samedi 18 novembre à Paris, Emmanuel Macron marche dans les pas de ses prédécesseurs. Car depuis des décennies, la France cultive des liens avec le Liban. Explications.

La France en guise de de porte de sortie. En proposant au Premier ministre Saad Hariri de séjourner en France, Paris a – pour le moment – désamorcé la crise qui couvait au Liban depuis sa démission. Le 4 novembre et à la surprise générale, Saad Hariri avait en effet annoncé depuis Ryad son retrait en accusant l'Iran et son allié libanais, le Hezbollah, de "mainmise" sur le Liban, et en disant craindre pour sa vie.


Depuis, informations et rumeurs ont circulé sur une interdiction de Saad Hariri de quitter le royaume saoudien après avoir été "contraint" à la démission. Et, mercredi, le président libanais Michel Aoun n'a pas hésité à affirmer qu'il le considérait "en captivité" à Ryad.  Son annonce a pris de court la classe politique libanaise et fait craindre une escalade des tensions entre l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite, les deux puissances régionales rivales. La France, elle, s'est démenée pour trouver une issue à la crise, et a créé la surprise mercredi avec l'annonce par l'Elysée que Saad Hariri "devrait arriver en France dans les prochains jours" à l'invitation d'Emmanuel Macron. Une surprise, vraiment ? Pas tant que cela. Car, depuis un siècle, l'histoire montre que Paris s'immisce (très) souvent dans les affaires libanaises.

1920 : le Liban passe sous mandat français

En 1916, les accords Sykes-Picot établissent une nouvelle partition du Moyen-Orient en quatre mandats. Ils sont attribués par la Société des Nations (SDN) : la Syrie et le Liban se retrouvent séparés en deux pays distincts et attribués à la France. L'Irak actuel et la Palestine reviennent quant à eux à la Grande-Bretagne. 


Le mandat français sur la Syrie et le Liban est finalisé en avril 1920 lors de la conférence de San Remo, qui fixe pour objectif à la France de mener ces territoires à l’indépendance quand ils auront atteint un niveau de développement économique et politique jugé suffisant. Bien qu’un premier traité d’indépendance soit signé en 1936 sous le Front populaire, il est rapidement enterré et la présence française se maintient. Il faut attendre la France Libre et 1943 pour que l'indépendance soit accordée au pays du Cèdre.

2005 : L'assassinat de Rafic Hariri, l'ami de Jacques Chirac

Au début des années 1980, Jacques Chirac, alors maire de Paris, rencontre un homme d'affaires libanais qui a fait fortune dans le BTP en Arabie Saoudite : Rafic Hariri. Une amitié profonde naît entre les deux hommes. Leurs liens se renforcent quand Rafic Hariri devient Premier ministre du Liban, pour la première fois, en 1992 et Jacques Chirac est élu à la présidence de la République en 1995. Mais le 14 février 2005, Rafic Hariri est tué dans un attentat à l'explosif contre son convoi à Beyrouth. La communauté internationale y voit la main de la Syrie. Jacques Chirac sera le seul chef d’État occidental à se rendre aux obsèques. Ami intime de Rafic Hariri, Jacques Chirac fait tout, jusqu'à la fin de son second mandat, pour isoler diplomatiquement Damas. A son départ de l'Elysée en 2007, le président français est hébergé dans un duplex de 180 m2 à Paris, qui sera mis à sa disposition pendant plus de huit ans par la famille Hariri.

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Après la démission du premier ministre Saad Hariri, le Liban en proie à l’instabilité

2006 : la France à la manœuvre lors du conflit Israël-Hezbollah au Liban

A l'initiative de Paris et Washington, la résolution 1559 de l'ONU est adoptée en 2004. Son principe ? Appeler au respect de la souveraineté du Liban et au retrait de toutes les troupes étrangères de son sol. Ce texte, qui vise implicitement la Syrie, devient une réalité en avril 2005, quand Damas retire ses troupes après une tutelle de 30 ans. Les Libanais pensaient être sortis du chaos. Mais le 12 juillet, à la suite d'un accrochage frontalier au cours duquel deux de ses soldats sont enlevés, Israël, décidé à en finir avec le Hezbollah, lance une offensive. D'abord au Sud-Liban, puis sur Beyrouth. 


Pour tenter d'enrayer l'incendie qui risque d'embraser toute la région, la diplomatie française monte en première ligne et fait voter la résolution 1701 le 11 août 2006 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Elle prévoit notamment un cessez-le-feu et le retrait de l'armée israélienne du Liban. Du 12 juillet au 14 août, une vaste opération aéronavale est mise en œuvre par la France : plus de 13.000 personnes, dont 10.200 Français, sont évacuées.

2008 : une nouvelle ère instaurée par Nicolas Sarkozy

Sous l'impulsion de l'ancien président Jacques Chirac, la France avait gelé ses contacts à haut niveau avec la Syrie après l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, imputés aux services secrets syriens. Mais après l'élection, longtemps bloquée par Damas, de Michel Sleimane à la présidence libanaise en mai 2008 et la fin des assassinats politiques, Nicolas Sarkozy décide de tendre la main à la Syrie. Sous son impulsion, le 15 octobre 2008, Damas et Beyrouth nouent leurs premières relations diplomatiques en 60 ans. La France sera encore à la manœuvre l'année suivante, en appuyant la création du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), en vue de juger les auteurs présumés d'attaques terroristes contre des personnalités libanaises, dont Rafic Hariri.

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