Mali : l’armée française accusée de bavure, les autorités n'ont "rien à cacher" assure Hollande

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POLÉMIQUE – Accusée d’avoir tué puis enterré dans le secret un enfant de 10 ans au Mali en novembre dernier, l’armée française a reconnu vendredi la mort d’un combattant "qui s’est avéré être un mineur". Les conclusions de l'enquête sont attendues d'ici à "la fin du mois ou dans quelques semaines".

C’est une polémique dont elle se serait bien passée. Accusée d’avoir tué puis enterré en catimini un enfant de 10 ans dans le nord du Mali le 30 novembre dernier, comme le révéle le magazine Jeune Afrique, l’armée française a livré ce samedi 14 janvier sa version des faits, sans toutefois apporter de plus amples précisions. Si elles confirment bel et bien la mort d’un "mineur",  les autorités militaires affirment que la victime faisait partie d’"un réseau de guetteurs agissant pour le compte d’un groupe armé terroriste".

Selon un communiqué publié par le ministère de la Défense, ce réseau "échangeait des informations relatives à un convoi logistique de l’armée française approchant du secteur afin de permettre à des poseurs d’engins explosifs improvisés de tuer des soldats français". L’armée "a alors décidé l’intervention d’une patrouille d’hélicoptères afin de faire cesser cette menace" et "les circonstances ont amené à la neutralisation d’un de ces guetteurs, qui s’est avéré être un mineur". Les autorités soulignent que "le même mode opératoire avait été employé le 4 novembre dernier pour l’action qui a conduit à la mort de l’adjudant Fabien Jacq".

Hollande et Le Drian soutiennent les militaires

"Nous aurons les résultats de l'enquête à la fin du mois ou au début du mois de février", a signbalé François Hollande lors d’une conférence de presse organisée samedi en marge du sommet Afrique-France à Bamako, rappelant la difficulté de la mission et l’engagement de l’armée française au Mali. "Prenez conscience de la volonté de la France d’être toujours attentive aux populations civiles", mais "aussi de la difficulté de la mission qu’exercent nos soldats", a souligné le chef de l’Etat. "Sur la zone en question, un soldat français est mort peu de temps auparavant. 

Je ne laisserai surtout pas mettre la moindre tache sur l’action de française au Mali- François Hollande au sommet Afrique-France à Bamako

"Ce sommet de Bamako a été pour la France un moment très important de reconnaissance donc je ne laisserai surtout pas mettre la moindre tache sur l’action de française au Mali", a-t-il encore déclaré. "Nous n'avons rien à cacher."

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Hollande : "Je ne laisserai surtout pas mettre la moindre tache sur l’action de la France au Mali"

"Nous avons décidé de faire feu pour sauver la vie de nos militaires français", a quant à lui assuré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, présent aux côtés du président. "L’enquête est en cours, j’en aurai les résultats dans quelques semaines et je prendrai les décisions nécessaires à ce moment-là au regard des informations qui me seront données", a-t-il poursuivi, soulignant que "le combat contre le terrorisme pren[ait] toute sorte de formes, des formes particulièrement perverses" et qu’il y avait "de plus en plus d’enfants soldats". 

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Le Drian : "L’enquête est en cours, j’en aurai les résultats dans quelques semaines"

Un enfant de 10 ans en fait chargé de garder des ânes ?

D’après Jeune Afrique, qui a pu consulter le compte rendu d’une réunion militaire ayant eu lieu à huis-clos fin décembre avec la Minusma (la mission de l’ONU pour le Mali, ndlr), un officier français a reconnu que des soldats avaient tiré sur un individu considéré comme étant un élément d’un groupe terroriste, avant de "l’enterrer sommairement". Selon nos confrères, l’officier "a précisé que cette inhumation avait été menée dans le respect des procédures internes", ce qui, estime le magazine, "laisse à penser que ce genre de pratique est courant".

Mais ce garçon était-il bien un combattant, comme l’affirme l’armée ? Rien n’est moins sûr. Toujours selon Jeune Afrique, qui a recueilli les témoignages de la famille de la victime ainsi que d’humanitaires présents dans la région, l’enfant, présenté comme s’appelant Issouf Ag Mohamed, 10 ans, avait été chargé par ses parents de garder des ânes. C’est alors que les militaires français l’auraient tué, puis inhumé dans le secret. 

Dans une vidéo qu’a pu visionner Jeune Afrique, un proche du garçon s’indigne et accuse directement l’armée française. "Un enfant de 10 ans est mort. Il a été tué par un hélicoptère de Barkhane le 30 novembre", explique-t-il devant la tombe de la victime. "Pour quelle raison cela est-il arrivé ? Peut-on nous expliquer ce qui justifie ce meurtre dans la loi ? Barkhane a tué l’enfant et nous a caché son acte." Une enquête, toujours en cours, a été ouverte par le ministère de la Défense. Elle devrait permettre de lever les nombreuses zones d'ombre autour de cette affaire. 

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