Mali : le président et le Premier ministre de transition limogés par l'homme fort de la junte

Le président de transition malien Bah Ndaw, le 27 janvier 2021 à l'Elysée.

"COUP DE FORCE" - L'homme fort de la junte, Assimi Goïta, a indiqué mardi avoir déchargé les dirigeants de transition de "leurs prérogatives". La veille, ils avaient été arrrêtés et conduits sous la contrainte par des soldats au camp militaire de Kati.

C’est une nouvelle secousse dans un pays qui rencontre depuis plusieurs années une profonde crise. Le président et le Premier ministre de transition maliens, Bah Ndaw et Moctar Ouane, ont été démis de leurs fonctions mardi par l'homme fort de la junte, le colonel Assimi Goïta. Les deux hommes avaient été arrêtés lundi à la suite du mécontentement des militaires sur la formation d'un nouveau gouvernement quelques heures plus tôt.

Dans un communiqué, Assimi Goïta, qui occupe le poste de vice-président de la Transition, assure cependant que le processus de transition "suit son cours normal et que les élections prévues se tiendront courant 2022". 

Bah Ndaw et Moctar Ouane avaient été conduits la veille sous la contrainte de soldats au camp de Kati, près de Bamako. Le Premier ministre lui-même avait indiqué avoir été emmené. "Des hommes de Goïta sont venus me chercher pour me conduire chez le président qui habite non loin de ma résidence", a déclaré Moctar Ouane dans un échange téléphonique avec l'AFP, rapidement interrompu. La présence des deux chefs de l’exécutif à Kati avait  ensuite été confirmée par un responsable militaire.

"Message ferme"

En août dernier, le pays a connu son quatrième coup d’Etat depuis l’indépendance avec la démission du président élu Ibrahim Boubacar Keïta, conduit de force dans le même camp par des colonels putschistes. Au bout de quelques semaines, l’armée avait installé des autorités de transition, dont un président retraité militaire et un gouvernement dirigé par un civil. Les responsables militaires s’étaient engagés, sous la pression de la communauté internationale, à rendre le pouvoir à des civils élus au bout de 18 mois.

Il y a dix jours, le Premier ministre Moctar Ouan a présenté la démission de son gouvernement en raison d’une contestation politique et sociale grandissante. Il a été reconduit immédiatement dans ses fonctions par Bah Ndaw avec, pour mission, la formation d’une équipe d’ouverture. Une question allait grandissant ces derniers jours : la place qui y serait accordée aux militaires et aux proches de l’ancienne junte.

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Finalement, le nouveau gouvernement annoncé laissait plusieurs ministères aux mains de l’armée. Mais deux membres de l’ancienne junte, les colonels Sadio Camara et Modibo Kone, quittaient leurs portefeuilles de la Défense et de la Sécurité. 

"Par ce remaniement, le président de transition et son Premier ministre ont voulu lancer un message ferme : le respect du délai de la transition reste la priorité", avait expliqué une source proche de la présidence. Mi-avril, les autorités avaient annoncé l’organisation d’un référendum sur une révision constitutionnel le 31 octobre, et des élections présidentielles et législatives fixées en février-mars 2022.

Réactions internationales

Après l'arrestation des deux dirigeants, plusieurs organisations internationales et pays avaient condamné lundi une "tentative de coup de force" et affirmé "leur ferme soutien aux autorités de la transition" dans un communiqué commun. La mission des Nations unies au Mali, la Communauté des Etats ouest-africains (Cédéao), l'Union africaine, la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Union européenne rejettent également par avance tout fait accompli, notamment une éventuelle démission forcée.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres avait quant à lui appelé dans un tweet "au calme" et demandé la "libération inconditionnelle" des dirigeants civils. Selon des diplomates, le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait tenir une réunion d'urgence dans les prochains jours sur la situation au Mali, pays déstabilisé par des violences djihadistes. 

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