Biélorussie : qui est Svetlana Tikhanovskaïa, l'opposante en exil du président Loukachenko ?

Biélorussie : qui est Svetlana Tikhanovskaïa, l'opposante en exil du président Loukachenko ?
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PORTRAIT - Candidate de l'opposition biélorusse face à Alexandre Loukachenko, cette novice en politique âgée de 37 ans, qui a rejeté dimanche les résultats officiels de la présidentielle avant de fuir en Lituanie, a émergé au fil des semaines comme rivale inattendue du chef de l’Etat.

Svetlana Tikhanovskaïa s'est dite prête ce lundi à diriger le pays en proie à une vague de manifestations contre le président Alexandre Loukachenko. "Je suis prête à assumer mes responsabilités et à agir en tant que leader national", a-t-elle déclaré dans une vidéo. 

Depuis mardi 11 août, l'opposante a quitté la Biélorussie pour la Lituanie. Face au climat anxiogène, la rivale à la présidentielle de l'autoritaire dirigeant de la Biélorussie s'est réfugiée à l'étranger, sans prendre part aux protestations, sans doute afin de ne pas être arrêtée comme Maria Kolesnikova et la porte-parole de Svetlana Tikhanovskaïa, Maria Moroz, toutes les deux arrêtées la veille du scrutin. 

La veille de ce départ précipité, la candidate de l'opposition rejetait les résultats officiels de la présidentielle, dimanche 9 août, et donc l'élection de son inoxydable rival, le président Alexandre Loukachenko, qui trône sans discontinuité depuis 1994 et que les autorités donnent vainqueur du scrutin avec 80,23% des voix, selon des résultats diffusés par l'agence étatique Belta. Selon les premiers résultats officiels de la commission électorale biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa n'aurait, elle, récolté que 9,9% des voix. 

Le lendemain du vote, son incompréhension est grande. De fait, la jeune femme estime que "la majorité" de ses concitoyens la soutenait au gré d'une campagne électorale marquée par une mobilisation sans précédent en sa faveur - plus de 60.000 partisans rassemblés le temps d'un meeting le 30 juillet à Minsk. Dans la rue, ses partisans ne digèrent pas cette élection  marquée par des arrestations d’opposants, des manifestations réprimées, des foules inédites dans les rues... et, depuis donc, une opposante numéro un en exil. 

Ascension fulgurante gorgée de promesses

Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, a marqué les esprits par son ascension fulgurante, en seulement quelques mois. Traductrice et enseignante d'anglais, elle ne se prédestinait pas à la politique avant l'arrestation de son mari, le blogueur et youtubeur Sergueï Tikhanovski, 41 ans. Cet opposant virulent au président Loukachenko est devenu très populaire en Biélorussie pour ses vidéos fustigeant le pouvoir et épinglant la corruption. Depuis le 29 mai 2020, il est emprisonné pour "trouble à l'ordre public"

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C'est alors que sa femme reprend le flambeau, rassemblant les 100.000 parrainages d’électeurs nécessaires à sa candidature. Une candidature validée par le pouvoir, à la surprise générale : "Au départ, sa candidature a été considérée comme improbable, en particulier par le gouvernement de Loukachenko, ce dernier assurant même que la société biélorusse n’était pas prête de voter pour une femme", confie à LCI une étudiante en droit de 27 ans d'origine biélorusse, tenant à garder l'anonymat. "Elle n'était pas si populaire avant la réunion des trois opposants. Et clairement, Loukachenko ne s'y attendait pas." 

Pour les Biélorusses, Svetlana Tikhanovskaïa reste un choix par défaut- Une étudiante biélorusse contactée par LCI

Parallèlement à cette ascension, les arrestations se multiplient, le peuple gronde. Mikola Statkevich, figure historique de l’opposition, est incarcéré le 31 mai et quelque 140 personnes sont interpellées les jours suivant, lors de rassemblements. Le 16 juillet, les mouvements d'opposition font alors front commun : Tikhanovskaïa rassemble les partisans de deux autres opposants, Viktor Babaryko (arrêté en juin pour "délits financiers") et Valery Tsepkalo (dont les signatures ont été invalidées), empêchés de concourir à l'élection. 

C'est à ce moment que tous décident de s'unir derrière "Sveta" pour déloger l'indéboulonnable président à qui, entre autres griefs, est notamment reproché de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, qu'il a lui-même qualifié de "psychose"

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La volte-face et l'exil

À l'aube des élections, Svetlana Tikhanovskaïa apparaît comme la seule alternative pour contrer Loukachenko. Lors des meetings, la foule, en liesse, scande "Sveta ! Sveta !". L'espoir grandit, même si, "pour les Biélorusses, elle reste un choix par défaut", tempère l'étudiante, rejetant l'idée de l'émergence d'un féminisme en Biélorussie - "en dépit des déclarations de Loukachenko, la Biélorussie est déjà très égalitaire entre les hommes et les femmes, plus égalitaire que la France". 

En tant que seule candidate de l'opposition admise par le gouvernement, elle avait les pleines possibilités- Une étudiante biélorusse contactée par LCI

"Je ne crois d'ailleurs pas qu'elle incarne un espoir. C'est malheureux à dire mais tous les Biélorusses savaient à l'avance que les résultats seraient controversés et faussés. Là où c'est différent, c'est que les gens en ont marre et vont réellement le faire savoir. Loukachenko a toujours bénéficié par le passé, depuis sa première élection en 1994, d'un soutien populaire, d'une bonne image de patriarche. Ce n'est plus le cas désormais, tout simplement parce que les Biélorusses ont acquis avec le temps une conscience politique forte, rejetant massivement ces répressions et ces purges revenant comme de mauvais souvenirs des années 30." 

Au fond, poursuit-elle, "ce qui a fédéré derrière Svetlana Tikhanovskaïa, c'est simplement qu'en tant que seule candidate de l'opposition admise par le gouvernement, elle avait les pleines possibilités, elle incarnait l'opposition rêvée, la possibilité de renverser un dictateur".

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Lundi 10 août, Svetlana Tikhanovskaïa a refusé de reconnaître les résultats de ces élections, comme une douche froide. "Le pouvoir doit réfléchir à comment nous céder le pouvoir. Je me considère vainqueur de ces élections", a-t-elle affirmé devant la presse. Depuis, elle a quitté la Biélorussie pour la Lituanie, assurant dans un vidéo avoir pris "seule" cette "décision très difficile" de partir. En cause : la protection de ses enfants, envoyés à l'étranger, la crainte de pressions du pouvoir... 

Un discours à l'opposé de celui tenu dans une autre vidéo, diffusée ce mardi sur le compte Telegram de l'agence d'Etat Belta, dans laquelle Svetlana Tikhanovskaïa appelle, d'une voix monocorde, ses concitoyens au "respect de la loi" et à ne pas "descendre dans la rue". Pas de quoi faire douter ses alliés, qui ont immédiatement considéré que cette vidéo avait été enregistrée "sous la pression des forces de sécurité", probablement lundi 10 août au soir, lorsque l'opposante a été retenue plusieurs heures au siège de la Commission électorale, où elle était venue déposer une plainte. 

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