Manifestations contre une loi sur la citoyenneté : que se passe-t-il en Inde ?

Manifestations contre une loi sur la citoyenneté : que se passe-t-il en Inde ?

VIOLENCES - Au lendemain de heurts dans une université de New Delhi, le mouvement de contestation d'une nouvelle loi sur la citoyenneté a gagné de l'ampleur et s'est propagé lundi dans toute l'Inde. La loi est, entre autres, dénoncée comme étant anti-musulmans.

L’Inde, et notamment le nord-est du pays, s’embrase depuis le vote d’une loi facilitant l’obtention de la nationalité indienne pour les réfugiés. Notamment parce que le texte est jugé discriminatoire à l’encontre des musulmans. Six personnes sont déjà mortes dans des manifestations.

Une loi qui marginalise les musulmans

Votée la semaine dernière, une législation vise à faciliter l'attribution de la citoyenneté indienne aux réfugiés d'Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan. Problème : la loi pose pour condition que ces réfugiés ne soient pas musulmans. Pour la plupart de ses détracteurs, ce texte s'inscrit dans la volonté du pouvoir nationaliste hindou de marginaliser la minorité musulmane dans ce pays de 1,3 milliard d'habitants.

Le vote de la loi a donné lieu cette semaine à des flambées de colère dans les deux chambres du Parlement, un député allant jusqu'à la comparer aux lois anti-juives promulguées par le régime nazi en Allemagne dans les années 1930. Des organisations de défense des droits de l'Homme et un parti politique musulman ont déposé un recours contre la loi devant la Cour suprême, en arguant qu'elle est contraire à la Constitution et aux traditions séculaires indiennes. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme a quant à lui qualifié le texte de "fondamentalement discriminatoire".

Dans le nord-est de l'Inde, les manifestants s'opposent aussi à cette loi au motif qu'elle entraînerait un afflux de réfugiés hindous du Bangladesh frontalier. Ils craignent que ces émigrés prennent des emplois aux habitants locaux. 

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Violents affrontements et mesures autoritaires

La nouvelle loi,  le "Citizenship Amendment Bill", a entraîné une vague de manifestations. Dans le nord-est, six personnes sont mortes depuis le début de la contestation. Quatre personnes sont décédées à l'hôpital après avoir été touchées par des balles tirées par la police, ont annoncé les autorités, qui avaient initialement fait état de trois décès à l'hôpital. Une autre personne a péri dans l'échoppe où elle dormait qui a été incendiée. Une sixième a été battue à mort pendant une manifestation, selon les autorités.

La circulation des trains a été suspendue dans certaines parties de l'Est du pays à la suite de violences dans l'Etat du Bengale occidental où des manifestants ont incendié des trains et des cars, brûlé des pneus, et organisé des sit-in sur les routes et les lignes de chemins de fer. Le chef du gouvernement de l'Etat du Bengale occidental, Mamata Banerjee, a suspendu internet dans plusieurs districts.

Dimanche 15 décembre, des violences ont aussi éclaté à la grande université Jamia Millia Islamia de New Delhi. À l'intérieur de cette université qui compte parmi les plus prestigieuses du pays, à la population étudiante majoritairement musulmane mais aux élèves de toutes les confessions et origines, les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes et chargé la foule à coups de bâtons. Les manifestants sont eux accusés d'avoir incendié quatre bus et endommagé des véhicules. Des vidéos montraient des scènes de chaos à l'intérieur même des bâtiments de l'université, avec des étudiants ensanglantés.

Le Premier ministre continue à attiser les divisions

Ces heurts ont fait 200 blessés, principalement des étudiants, selon la directrice de l'université. "La police n'a pas fait la différence entre les manifestations et les étudiants assis à la bibliothèque. De nombreux étudiants et employés ont été blessés", a déclaré Najma Akhtar à l'agence ANI. La police de Delhi a pour sa part fait état de 39 étudiants et 30 policiers blessés, dont un membre des forces de l'ordre dans un état critique. 

En réaction, des étudiants ont défilé en solidarité dimanche soir dans de nombreuses universités indiennes, de Delhi à Bombay, d'Hyderabad à Patna en passant par Calcutta. Lundi, de nouvelles manifestations se tenaient sur des campus à Delhi, Chennai, Bangalore, Aligarh, Hyderabad, Bombay ou Lucknow entre autres. Aucun incident majeur n'avait été signalé dans la soirée.

Le Premier ministre Narendra Modi a dénoncé sur Twitter des "groupes aux intérêts cachés" cherchant à semer la "division" et a affirmé que la nouvelle loi reflète "la culture multiséculaire d'acceptation, d'harmonie, de compassion 

et de fraternité de l'Inde".

Dans le nord-est, de vieilles blessures

Région mosaïque, enclavée entre le Bangladesh, la Chine et la Birmanie, le nord-est indien est en proie à des heurts intercommunautaires fréquents. L'immigration y est un sujet extrêmement sensible. Certains groupes tribaux y mènent encore des insurrections séparatistes contre New Delhi.

Plus grand Etat de la zone, l'Assam est en particulier le théâtre d'une vieille hostilité entre les autochtones et les migrants bengalis, amenés par le colon britannique pour travailler dans les plantations de thé ou arrivés en masse au moment de la guerre d'indépendance du Bangladesh en 1971. Le "Citizenship Amendment Bill" a rouvert de vieilles blessures en Assam : ce texte pourrait en effet permettre la naturalisation de jusqu'à 20 millions d'immigrants vivant en Inde, dont 500.000 en Assam. Et pourrait donc attirer de nouveaux immigrés.

"La loi représente une menace directe à notre culture, notre mode de vie et notre terre natale", a déclaré auprès de l'AFP Samujjal Battacharya, figure de la puissante organisation All Assam Students Union. "Nous n'accepterons pas un seul immigré. L'Assam a reçu suffisamment d'immigrés par le passé", ajoute-t-il.

Le bras droit du Premier ministre, le ministre de l'Intérieur Amit Shah, a de son côté appelé au calme. "La culture, la langue, l'identité sociale et les droits politiques de nos frères et soeurs dans le nord-est resteront intacts", a-t-il assuré dans un discours.

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