Manifestations en Algérie : les réseaux sociaux au cœur de la contestation

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RALLIEMENT - La contestation algérienne est née sur les réseaux sociaux, par le biais de nombreuses pages Facebook qui diffusent aussi bien des vidéos faisant le "buzz" que les multiples événements organisés.

Entre les Printemps arabes de 2011 et les Gilets jaunes en France, l’impact des réseaux sociaux sur les mobilisations citoyennes n’est plus à prouver. Et le soulèvement algérien ne déroge pas à la règle. C’est sur Facebook, et à grands coups de vidéos partagées depuis Youtube, qu’est né et se développe le mouvement contre un cinquième mandant du président Abdelaziz Bouteflika. 

Facebook, la tribune des jeunes

La jeunesse, qui demande un renouvellement de la classe politique, a trouvé sur Facebook un lieu de discussion propice à ce soulèvement. Il faut dire qu'il leur est impossible - ou presque - de passer par un biais plus classique, les appels à manifester étant interdits à Alger. Quant à la télévision nationale, qui n’a pas relayé la première mobilisation du 22 février, elle n’est clairement pas le média adapté pour faire descendre le peuple dans la rue. De fait, comme l’expliquait Omar Belhouchet, journaliste et directeur du quotidien El Watan, la presse traditionnelle a "beaucoup de difficultés à travailler". 


"Les réseaux sociaux, difficilement contrôlables, ont permis cette révolution pacifique", analysait-il au micro d’Europe 1 le 28 février. "Le vent de liberté, ce sont les réseaux sociaux qui ont réussi à l’imposer en Algérie aujourd’hui." Signe de l'importance du web dans le pays, quelque 21 millions d’internautes avaient été recensés l'an dernier, selon les derniers chiffres connus cités par le site local Tout sur l’Algérie. C’est près de la moitié de la population.

Une contestation "totalement anonyme"

Mais qui se cache derrière l'organisation tout premier événement du 22 février dernier, après lequel le mouvement a éclaté ? Difficile à dire tant les appels étaient multiples. La semaine dernière, un membre du collectif d’opposition Mouwatana confirmait qu’il était impossible de remonter à la source des manifestations. "Ce qui est incroyable avec cette contestation, c'est qu'elle est totalement anonyme, on ne sait pas du tout d'où elle est partie", expliquait Habib Brahmia, à France Info


Un chercheur de l’Université d'Ottawa a cependant fait valoir que la colère du peuple avait pris sa source dans les tribunes des stades de football. Sur Twitter, Mahdi Khelfaoui explique ainsi que plusieurs chants de supporters "traduisant le désarroi et l’oppression" ont été diffusés massivement sur les réseaux sociaux. La plus récente d'entre elles, qui date du 17 février, comptabilise plus d’un million de vues.

Les vidéos de contestation ont ensuite essaimé. Et ce jusqu’à la veille de la première manifestation. L’une d’entre elles, montrant de jeunes hommes en train de décrocher le portrait d'Abdelaziz Bouteflika a par exemple été vue plus de 73.000 fois. Sur le Facebook algérien, plus personne ne parle d'autre chose que du mouvement de contestation contre le possible 5e mandat du chef de l'Etat. 

Caricatures, vidéos et appels au civisme

De nombreuses personnalités publiques l’ont d’ailleurs très bien compris. C'est le cas de Fodil Boumala, militant depuis le Printemps arabe, qui a réalisé son premier "live" Facebook le 7 mars. Un direct dans lequel il évoquait la marche de ce vendredi. Bilan : 123.000 vues en moins de 20h. 


C’est également sur les réseaux sociaux que se diffusent massivement des vidéos, et notamment celle du clip réalisé par un collectif d’artistes à la tête duquel se trouve Youm El Chaâb. La comédienne Salima Abada, la chanteuse Amel Zen ou encore l’activiste culturel Aziz Hamdi y ont  pris part pour dire non à la candidature Bouteflika. La chanson bat des records d’audience, plus d’un million de visionnages cumulés ont été enregistrés sur Youtube, où la vidéo a été publiée il y a une semaine. 

D’autres pages, anonymes, permettent aussi de partager massivement des photos, caricatures, vidéos et textes qui font rapidement le "buzz". Parmi elles on peut citer "1.2.3 viva l’Algérie", qui partage des messages de pacifisme et de citoyenneté, et possède une communauté de plus de 950.000 personnes. Mais aussi "DzWikileaks" qui, avec plus de 300.000 internautes, réalise notamment des directs. Chacun d’eux atteint au minimum 2.000 vues en une heure. 


"La révolution des jeunes Algériens" et "Non au cinquième mandat" font également partie des lieux de paroles et de partages qui permettent la diffusion rapide de messages dans la population algérienne. Une communauté en ligne qui permet aussi bien d’entretenir le mouvement que de le solidifier autour du civisme et du pacifisme. Pour la manifestation de ce vendredi, les événements étaient multiples, sans qu’aucun n'émerge plus que les autres. Parmi eux, celui baptisé "Un million et demi dans la rue : Marquons la symbolique !" comptabilisait par exemple près de 6.000 participants pour 46.000 personnes intéressées. C’est à peine moins que l’appel lancé aux femmes à rejoindre les cortèges ou celui pour une manifestation "en musique" des artistes. 

Symbole du poids de Facebook dans la contestation : une publication virale incitant les Algériens à "harceler" les Hôpitaux Universitaires de la capitale de Suisse, où est actuellement hospitalisé le président algérien, a provoqué une déferlante de messages et de coups de téléphones. Une action collective qui, comme l'a relevé Jeune Afrique, a tout de même occasionné la saturation du standard téléphonique genevois. Une nouvelle preuve, s'il en fallait une, de l’impact des réseaux sociaux sur la mobilisation.

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