Manifestations en Iran : le régime iranien, comment ça marche ?

Manifestations en Iran : le régime iranien, comment ça marche ?

DÉCRYPTAGE - L'Iran, où de violentes manifestations contre les difficultés économiques et le pouvoir se déroulent ces derniers jours, est un régime composé de plusieurs grands pôles de pouvoir. Sauf que le dernier mot revient toujours à l'ayatollah Ali Khameneï, âgé de 78 ans, Guide suprême du pays. Visite guidée.

Un régime taillé sur-mesure pour le Guide Suprême. En Iran, pays secoué depuis une semaine par des manifestations contre le pouvoir et l'austérité, le dernier mot revient à ce chef de l'Etat, véritable clef de voûte des institutions, face à un président de la République islamique aux pouvoirs limités.

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le Guide suprême, l'incarnation du pouvoir

Selon la Constitution, le Guide suprême "définit les grandes politiques du régime de la République islamique et (...) les supervise". En clair : tout passe par ce personnage nommé à vie par l'Assemblée des experts, un organe composé de 88 membres nommé pour huit ans par le corps électoral (près de 55 millions de citoyens âgés d'au moins 18 ans). Déclarations de guerre ou de paix, organisation d'un référendum, choix du  chef de l'autorité judiciaire ou encore du patron de la radio et télévision d'Etat... L'ayatollah Ali Khameneï, âgé de 78 ans, est partout, gère tout. 


Ses pouvoirs en matière militaire sont, eux aussi, particulièrement importants. Chef des armées, il décrète la mobilisation générale, nomme les principaux responsables militaires et de la police. Il peut aussi "démettre le président en tenant compte des intérêts du pays après un avis de la Cour suprême ou d'un vote de défiance du Parlement". "Celui qui a la capacité de tirer l'ensemble des rênes du pouvoir, c'est le Guide suprême. Il a des hommes dans toutes les sphères, officielles comme officieuses, il a un gouvernement 'bis', au sein de son administration personnelle", nous explique Vincent Eiffling, chercheur associé à l'université catholique de Louvain. Avant de tempérer : "Il n'applique pas toujours ses pleins pouvoirs, car il a conscience qu'il faut laisser une certaine liberté au jeu politique". C'est d'ailleurs la force du régime : donner l'impression qu'il y a un débat sur toute une série de sujet (ce qui est le cas), afin d'entretenir l'espoir auprès de la population.

Un président de la République aux pouvoirs limités

Difficile, dans ces conditions, pour un président de la République d'exister. Et Pourtant. Selon les textes, il est malgré tout le responsable de "l'application de la Constitution et de l'exécutif, à l'exception des affaires qui concernent directement le Guide suprême".  Le poste est actuellement occupé par Hassan Rohani, élu en 2013 puis réélu en 2017. Il est élu au suffrage universel pour une durée de quatre ans, un mandat renouvelable une fois. Au quotidien, le président dirige le gouvernement, oriente la diplomatie et organise les élections. 

Plusieurs institutions pour diluer le pouvoir

Le système iranien est complexe, car il s'appuie sur diverses institutions. Par exemple le Conseil des gardiens de la Constitution : composé de douze membres (six religieux, six juristes), il a un rôle crucial puisque – comme son nom l'indique – il a pour but d'interpréter la Constitution. Il peut aussi s'opposer à des projets de loi approuvés par le Parlement, et se prononcer sur les candidats aux diverses élections.  


Le Parlement est, quant à lui, composé de 290 membres sont élus au suffrage universel direct pour quatre ans pour  approuver la nomination des ministres ou renverser l'exécutif. 


L'Assemblée des experts est composée, pour sa part, de 86 membres. Elle a pour objectif de désigner le successeur du Guide. 


Le Conseil de discernement est chargé de conseiller le guide suprême et de trancher les différends entre le Parlement et le Conseil des gardiens de la Constitution. 


Enfin, les Gardiens de la révolution constituent l'armée d'élite d'Iran. 


Pour résumer, la République islamique "est un régime multi-céphale, avec plusieurs grands pôles de pouvoir, certains officiels (comme le président et le Guide suprême), et d'autres plus officieux, conclue Vincent Eiffling. A savoir les Gardiens de la révolution, qui possèdent un vrai poids politique, ou les fondations religieuses."

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L’Iran secoué par une vague de manifestations

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