Manifestations en Iran : qui sont les Moudjahidine du peuple, ce "groupe terroriste", selon Rohani, qui est basé en France ?

Manifestations en Iran : qui sont les Moudjahidine du peuple, ce "groupe terroriste", selon Rohani, qui est basé en France ?

TROUBLES - Le président iranien a demandé mardi à la France de prendre des mesures contre les activités d'un "groupe terroriste" iranien basé en France et impliqué, selon lui, dans les récentes manifestations en Iran. Dans le viseur de la République islamique : les Moudjahidine du peuple, des opposants au régime depuis 1965.

"Nous attendons du gouvernement français qu'il agisse contre ce groupuscule terroriste." Au cours d'une conversation téléphonique avec Emmanuel Macron mardi soir, Hassan Rohani en a profité pour vilipender les Moudjahidine du peuple. Le président iranien en est convaincu : ce "groupe" basé en France est impliqué dans les manifestations qui, depuis une semaine, se déroulent en Iran. Un pays synonyme d'exil pour la plupart des membres de cette organisation, qui lutte depuis des décennies contre le régime de Téhéran.


La création des Moudjahidine du peuple (OMPI) remonte en effet à 1965. A l'époque, cette mouvance d'inspiration marxiste et islamique cherche à renverser le pouvoir du Chah. La chute de ce dernier durant la révolution islamique de 1979 apparaît comme une victoire pour les fondateurs de l'OMPI. 

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Le ton monte entre les États-Unis et l'Iran

Mais l'éclaircie sera de courte durée : les Moudjahidine deviennent hors-la-loi en 1981, à la suite d'une manifestation armée sévèrement réprimée.

Aux côtés de Saddam Hussein durant la guerre Iran-Irak

Chassés d'Iran, ils trouvent refuge partout dans le monde. Aux Etats-Unis, notamment, mais surtout en France, où ils s'installent à Auvers-sur-Oise, près de Paris, avec leur chef Massoud Radjavi. Celui-ci crée le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). Il sera expulsé de France en 1986, en raison de la politique de rapprochement avec l'Iran. Les Moudjahidine s'implantent également en Irak, alors en guerre avec l'Iran, et combattent aux côtés de Saddam Hussein. Ce qui leur vaut d'être jusqu'à ce jour qualifiés de "traîtres" par le pouvoir à Téhéran. 


"L'organisation n'a aucune assise populaire sur la scène intérieure", constate pour LCI Vincent Eiffling, chercheur associé à l'université catholique de Louvain. Selon ce spécialiste de l'Iran, elle bénéficie cependant "d'une véritable force à l'étranger. C'est une diaspora iranienne, dont l'écrasante majorité des membres a quitté l'Iran en 1979, voire n'a jamais mis un pied dans le pays." Une diaspora très présente en France. C'est là, en 1989, que Maryam Radjavi prend la tête des Moudjahidine et se fait appeler "Soleil de la révolution". L'organisation a souvent été comparée à une secte, dont les époux Radjavi seraient les gourous. "Ce mouvement a une ligne idéologique très dure", ajoute Vincent Eiffling. Le sentiment d'appartenance communautaire est très fort et les membres ne sont guère mesurés dans leurs propos. 

Longtemps sur la liste des organisations terroristes

En 1993, Maryam Radjavi prend du galon en prenant la tête du CNRI. Dix ans plus tard, le vent tourne : elle est arrêtée en région parisienne parmi 160 personnes, puis libérée après deux semaines de protestations de ses partisans, marquées par deux immolations. Cette vaste enquête judiciaire menée sur des soupçons d'activités terroristes se terminera en septembre 2014 par un non-lieu. Ces soupçons de terrorisme ne doivent pourtant rien au hasard : créée en 1987, la branche armée de l'OMPI, "l'Armée de libération nationale d'Iran", a revendiqué plusieurs opérations en Iran, notamment en 1993 contre des oléoducs et le mausolée de l'imam Khomeiny, près de Téhéran. Des dizaines de meurtres lui ont aussi été imputés. En mai 2002, l'Union européenne décide d'inscrire l'OMPI à sa liste des organisations terroristes. Elle en sortira en janvier 2009. Les Etats-Unis ont fait de même de 1997 à 2012.

Rayée de ces deux listes, l'OMPI revient dans le jeu iranien. En juillet 2015, Maryam Radjavi s'est notamment élevée contre l'accord conclu entre les grandes puissances et l'Iran sur le nucléaire iranien. En octobre 2015, elle a accusé la communauté internationale de "complaisance" à l'égard de l'Iran sur la peine de mort. De son côté, l'Iran a protesté en juillet 2016 auprès de la France contre le rassemblement annuel à Paris du CNRI, qu'il accuse d'avoir "les mains tachées de sang du peuple iranien".

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L’Iran secoué par une vague de manifestations

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