Le Black Panther Party, retour sur un mouvement révolutionnaire de défense des Afro-Américains

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HISTOIRE - Les mouvements de contestation se multiplient aux Etats-Unis depuis la mort tragique de George Floyd. Des manifestations qui semblent faire réémerger l'héritage d'une des organisations marquantes de défense des Noir américains, le Black Panther Party.

"Le suicide révolutionnaire ne signifie pas que mes camarades et moi avons un souhait de mort ; cela signifie tout le contraire. Nous avons un tel désir de vivre avec espoir et dignité humaine que l'existence sans eux est impossible." Dans son ouvrage autobiographique Le suicide révolutionnaire, Huey P. Newton exprime les raisons qui ont conduit à la création du mouvement Black Panther. Aujourd'hui disparu, son héritage idéologique trouve un certain écho dans les événements qui se déroulent depuis plusieurs jours aux Etats-Unis et faisant suite au décès de George Floyd. 

Le "Black Panther Party for self défense" qui deviendra rapidement le "Black Panther Party" (BPP) est fondé en 1966 à Oakland (Californie) à la suite de l’assassinat de Malcolm X (1965). Il s’agit d’un mouvement politique révolutionnaire, d'inspiration marxiste-léniniste, de défense des droits des Afro-Américains. Dans une Amérique raciste, il a pour but de mettre fin au harcèlement quotidien et à la violence dite "légitime" dont les forces de l’ordre usent vis-à-vis des membres de la communauté noire. En d’autres termes, le mouvement est fondé sur l’idée de combattre la brutalité, notamment de la police, vis-à-vis des Afro-Américains. Il lutte aussi contre les conséquences de ce racisme systémique, en particulier la pauvreté et les inégalités sociales qui minent cette partie de la population aux Etats-Unis.

Un mouvement avant-gardiste sur le plan social

 Le BPP s’inscrit dans la continuité des luttes entamées par de grandes figures comme Martin Luther King ou Rosa Parks. On retient souvent du Black Panther Party son penchant pour la lutte armée, caractérisé par l’uniforme de ses membres (béret et vestes en cuir noirs) et le poing levé en signe de contestation, un signe de ralliement qui a essaimé lors des dernières manifestations. Mais l’organisation est aussi à l’origine de nombreuses actions sociales et éducatives, les "programmes sociaux communautaires" (renommés ensuite "programmes de survie").  Le "free breakfast for children" (un petit déjeuner gratuit pour les enfants) est celui qui est resté le plus célèbre mais l’activisme du parti recouvrait aussi les domaines de la santé (construction de "centres médicaux libres" dans 13 villes par exemple), de l’alimentation ou de l’éducation (création de l'Oakland Community School). Dès avril 1967, le mouvement se dote de son propre journal pour évoquer tout à la fois ses actions dans le pays, son idéologie mais aussi le quotidien et les perspectives des communautés noires dans le monde entier. 

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En plus de ses différentes actions pour améliorer le quotidien des Africains-Américains et son combat pour l’égalité, le Black Panther Party se distingue sur un autre plan : la place des femmes. D’abord omise dans le récit de ce mouvement, la caractéristique féministe a été rappelée par de nombreux ouvrages comme Remaking Black Power : How Black Women Transformed an Era (Ashley D. Farmer, 2017). Les femmes ont joué un rôle primordial dans l’organisation, certaines en constituent même l’épine dorsale. Ericka Huggins, Assata Shakur ou Elaine Brown, autant de noms qui ont contribué à porter le BPP. Tarika Lewis en deviendra aussi une figure déterminante, avec de nombreux dessins engagés publiés sous le nom de plume de "Matilaba". Militante de premier ordre du mouvement, Kathleen Cleaver prononcera ces mots très marquants pour résumer les raisons de son engagement : "Des personnes ont été tuées pour moins que ce que les Black Panther ont fait, donc la question pour nous était : voulez-vous mourir à genoux ou vivre debout ?"

Un mouvement qui reste violent

Parallèlement à ces actions médicales, sociales et éducatives, le BPP était aussi connu pour ses nombreuses actions armées, contre la police notamment. Ses membres ont été impliqués dans de nombreuses controverses et fusillades. Huey Percy Newton, un des fondateur du parti, s'est par exemple retrouvé au centre de plusieurs jugements pour des homicides de policiers.  Au milieu de nombreux meurtres et altercations avec les forces de l'ordre, une irruption armée dans le Capitole de Sacramento, assemblée de Californie, avait fait sensation à travers le pays. Les Black Panther protestaient contre le Mulford Act, projet de loi destiné à empêcher le port d’armes en Californie. Une loi qui sera malgré tout adoptée quelques semaines plus tard, rendant les patrouilles armées organisées par le parti hors la loi de fait. 

Le Parti, créé par Huey Percy Newton et Bobby Seale, a aussi organisé des détournements d'avions. Le plus marquant demeure celui organisé en 1972 par Melvin et Jeane McNair sur un vol de Delta Airlines : ils exigeaient une rançon d'un million de dollars avant de mettre le cap sur Alger où d'autres militants se sont exilés. Direction, ensuite, la France, où ils furent condamnés à quelques années de prison (respectivement 5 et 2 et demie) avant d'y vivre le reste de leur vie. Si ces peines se sont révélées assez clémentes, 19 membres du mouvement, dont deux femmes, sont elles encore emprisonnées aujourd'hui aux Etats-Unis, plus de 40 ans après leur condamnation.

Un déclin brutal

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A la fin des années 60, le Black Panther Party connait son apogée. Le mouvement s’est étendu dans de nombreuses villes américaines (Milwaukee, Dallas, Los Angeles…) et reçoit le soutien de personnalités comme Marlon Brando et Jane Fonda. Le FBI, sous l’impulsion du président Richard Nixon, s’ingénie alors à tenter de démanteler l’organisation. Les arrestations (et assassinats) qui se multiplient mêlées à une politique d’infiltration et de désinformation portent un sérieux coup au BPP. Miné par les désaccords et luttes internes, il finira par s’essouffler puis disparaître à partir de 1973. 

Aujourd'hui, du mouvement Black Panther, il reste des problématiques et clivages qui demeurent ancrés au plus profond de la société américaine. L'affirmation de la communauté Afro-Américaine et la lutte pour ses droits restent plus que jamais d'actualité, comme le démontre la récent décès de George Floyd. Le symbole du poing levé associé au nationalisme noir et au mouvement Black Panther est lui aussi toujours présent dans les rues pour montrer à la fois un profond désaccord mais aussi sa solidarité. Un leg qui démontre que malgré la disparition officielle de mouvement, l'héritage idéologique du Black Panther Party demeure lui bien vivace.

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