Marita Lorenz, l'histoire hors du commun de "l'espionne de Castro"

PORTRAIT - Âgée de 77 ans, Marita Lorenz a publié son autobiographie où tour à tour Fidel Castro, l'ex-dictateur du Venezuela Marcos Jiménez ou Lee Harvey Oswald se croisent. Le roman vrai d'une vie digne des meilleurs films d'aventure.

"Moi je sais où se trouve la vérité, parce que j'étais là." Marita Lorenz ne saurait mieux résumer sa vie. Née en Allemagne deux semaines avant le début de la guerre, cette femme a été "l'espionne qui aimait Castro". C'est d'ailleurs le titre de son autobiographie, sorti en juin dernier, quelques mois avant la mort du "Lider maximo".


Dès sa plus jeune enfance, Marita Lorenz bascule dans une vie où les événements du XXe siècle défilent sur fond d'espionnage. "Tandis que l'Europe et le monde se trouvaient au bord de l'abîme, mes parents commencèrent à se mouvoir dans un labyrinthe dont le parcours m'a toujours semblé énigmatique", écrit-elle. Durant la guerre, sa mère est surveillée par la Gestapo, avant d'être un jour arrêtée. Marita est alors envoyée au camp de Bergen Belsen, à l'âge de 5 ans. Elle apprendra plus tard que sa mère, elle aussi, était là. Cette dernière échappera de peu à la mort. Marita, elle, fera partie des 200 enfants rescapés du camp, avant d'être violée par un militaire américain, à l'âge de 7 ans. "Les deux choses dramatiques qui me sont arrivées dans ma vie", raconte-t-elle désormais.

A la fin du conflit, ses parents divorcés, elle débarque à New York avant de s'installer en Floride. Mais l'appel de la mer est plus fort, et elle finira par rejoindre son père un an plus tard à Bremerhaven, en Allemagne. "Embarquer avec lui devint une sorte de religion", estime-t-elle, alors que son père est devenu le capitaine du Berlin, le premier navire à faire la traversée transatlantique. La Havane devient une escale dans une région du monde où, selon son père, "les présidences ne durent pas beaucoup. C'est le style de vie typique : se tuer les uns les autres et prendre le contrôle du pays". Le capitaine est loin de se douter que sa fille va, à son tour, basculer dans l'Histoire.


Début 1959, la révolution éclate à Cuba. La veille de son entrée triomphale dans La Havane, Fidel Castro et ses hommes décident de monter à bord du navire, alors ancrée dans la baie, "pour regarder". Marita rencontre alors celui qui deviendra l'homme de sa vie. "Jamais je n'oublierai la première fois que j'observai de près ce regard pénétrant, ce beau visage (…). Je peux dire qu'alors déjà je commençai à flirter avec lui." Elle a alors 19 ans ; Fidel, 32 ans. Elle devient "Marita la petite Allemande". Quelques jours plus tard, le révolutionnaire envoie son avion à New York pour récupérer celle qui allait s'installer dans ses appartements durant plusieurs mois. "Tout ceci est à moi. Je suis Cuba. Tu es désormais la Première dame de Cuba."

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Aux côtés de Fidel Castro, Marita tombe peu après enceinte. Mais en octobre 1959, sa vie bascule – une nouvelle fois – quand elle subit un avortement forcé. Elle ne saura jamais pourquoi, ni à cause de qui. "Qui ordonna cette sauvage agression ? Les hommes de Fidel ? La CIA ?", se demande-t-elle. Sa seule certitude : "J'avais aimé un homme qui n'était pas le bon et le châtiment commençait." Deux ans plus tard, elle aura la réponse : "El Comandante", lui présente Andrés... le fils qu'on lui "a ravi sur la table d'opération". Une révélation qu'il lui fera le jour où, pour le compte de la CIA, elle se rend une nouvelle fois à La Havane avec une mission : tuer Castro. En vain. Marita sera incapable de franchir le pas. "Je ne le regrette pas, au contraire : c'est ce dont je suis le plus fière."


De retour à Miami, sans son fils, Marita Lorenz repart à zéro. Ou presque. Grâce aux contacts qu'elle a noués au fil des ans, elle devient passeuse d'armes. Mais également chargée d'effectuer des missions plus secrètes, qui lui permettront de rencontrer son "second dictateur" : Marcos Pérez Jiménez. Avec lui, elle aura une fille. Puis, quelques années plus tard, un garçon - avec un espion du FBI impliqué dans le scandale du Watergate. Désormais "retraitée", Marita Lorenz, âgée de 77 ans, est retournée vivre - dans l'anonymat - à New York. Sa vie sera prochainement adaptée au cinéma, avec Jennifer Lawrence dans le rôle-titre. De l'aveu même de l'intéressée, "la réalité dépasse toujours la fiction, n'est-ce pas ?"

*"J'étais l'espionne qui aimait Castro", par Marita Lorenz (Editions First Document)

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