Maroc : deux homosexuels risquent trois ans de prison pour un baiser en public

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LGBT - Mardi, deux hommes doivent comparaître devant la justice marocaine pour s'être embrassés il y a deux semaines sur l'esplanade de la tour Hassan à Rabat. Un procès qui intervient alors que le débat sur la dépénalisation de l'homosexualité fait rage dans le pays.

"Toute personne a droit à la protection de sa vie privée", stipule la Constitution du Maroc adoptée en 2011. Et pourtant, quatre ans après le printemps arabe - très tranquille il faut dire dans le royaume -, les homosexuels y sont toujours considérés comme des criminels. Mardi, deux hommes comparaîtront ainsi pour s'être embrassés sur l'esplanade de la tour Hassan, dans la capitale Rabat, le 3 juin dernier. La veille, deux Femens avaient été expulsées du pays pour avoir commis le même "délit", seins nus, devant le monument. Eux risquent beaucoup plus gros : l'article 489 du code pénal marocain punit ce qu'il appelle les actes "impudiques ou contre nature" d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison ferme. C'est d'ailleurs ce dont avaient écopé il y a un mois trois hommes également poursuivis pour homosexualité, après avoir été dénoncés par des voisins.

En attendant l'audience de mardi, le collectif Aswat pour la défense des homosexuels au Maroc se mobilise pour Lahcen et Mohsine, poursuivis pour pour "obscénité" en plus du chef d'accusation d'"homosexualité". Une pétition en ligne réclamant leur libération a déjà recueilli près de 55.000 signatures. Sur son compte Facebook , Aswat explique que le juge leur a refusé vendredi la libération conditionnelle que réclamaient leurs avocats pour plusieurs vices de procédures : des aveux qui "leur auraient été arrachés suite à des violences physiques et morales durant l’interrogatoire", et "l’atteinte au principe du secret de la procédure judiciaire", leurs photos et leurs identités ayant été divulguées dans la presse.

Vifs affrontements entre modernistes et conservateurs

Ce procès intervient alors que le débat sur la dépénalisation de l'homosexualité divise profondément la société marocaine depuis plusieurs semaines. L'affrontement entre modernistes et conservateurs a atteint son paroxysme vendredi dernier avec la publication par Maroc Hebdo d'une une violemment homophobe : "Faut-il brûler les homosexuels ?", interrogeait le magazine, en assurant en accroche que "le ministère de la Santé appelle à la dépénalisation de l'homosexualité au Maroc". Absolument rien d'officiel en réalité même si une telle recommandation, dans le but d'encourager les homosexuels à faire le dépistage du sida, figurerait dans un rapport "secret" qui a récemment fuité dans la presse. Face au tollé national et international, sur les réseaux sociaux en particulier, le numéro a été retiré des kiosques.

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Revenant sur cette vive polémique, mais aussi sur la campagne de haine subie par le film marocain Much Loved, interdit dans le royaume car il traite de la prostitution , ou encore sur la plainte récemment déposée contre les "gestes et attitudes suggestives" de Jennifer Lopez lors d'un concert, le directeur de l'hebdomadaire Tel Quel, lui favorable à la dépénalisation de l'homosexualité, regrettait vendredi que le débat ait "cédé la place à la fureur" et que "l’outrance" soit "devenue la règle". "Dans un pays traversé par un clivage sur les valeurs, il est tout à fait normal de débattre, discuter et exposer, même bruyamment, ses idées, écrivait Abdellah Tourabi dans son édito . ( ) Mais pendant cette semaine, le pays a perdu la tête et nous avons été pris dans un tourbillon de folie et de violence verbale alarmante".

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