Maroc : les deux étudiantes jugées pour des jupes trop courtes bientôt relaxées
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Maroc : les deux étudiantes jugées pour des jupes trop courtes bientôt relaxées
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JUSTICE – Mi-juin, le Maroc affrontait une nouvelle polémique portant sur ses moeurs, avec l'arrestation de deux jeunes femmes, lynchées par la foule pour des jupes jugées trop courtes. Lundi, lors de leur procès, le procureur s'est finalement rallié à la défense ce qui laisse entrevoir une issue favorable pour les deux étudiantes.

Le lynchage par la foule de deux étudiantes à cause de leur jupe, jugée trop courte, en juin dernier, avait divisé la société marocaine et déchaîné les passions, dans le royaume et au-delà. Lundi, à l’issue d’un procès de 7 heures au tribunal d’Inezgane, le verdict a été reporté au 13 juillet. Et alors que les deux jeunes filles encouraient jusqu’à deux ans de prison pour des tenues de nature "à porter atteinte aux bonnes mœurs", le procès pourrait aboutir à un non-lieu.

EN SAVOIR + >> Au Maroc, deux étudiantes risquent la prison pour des jupes jugées trop courtes

Le proc' retourne sa veste

Comme metronews le relatait, Sanaa et Siham ont été arrêtées par la police le 14 juin dernier, après avoir été lynchées dans le souk d’Inezgane, en banlieue d’Agadir, par une foule qui leur reprochait de porter des jupes trop courtes. La police s’était rangée du côté de la foule et avait jugé que la tenue des jeunes filles était de nature "à porter atteinte aux bonnes mœurs". Le procureur avait ensuite décidé de les poursuivre.

Sauf que. Le procès a connu un rebondissement étonnant, lundi, le jour de son ouverture : le procureur, contre toute attente, a annoncé qu’il se rangeait finalement du côté de la défense, qui n’a eu de cesse de dénoncer des vices de forme. Après les plaidoiries des avocats de la défense – une quarantaine étaient présents dans la petite salle du tribunal d’Inezgane et près de 400 s’étaient manifestés pour défendre les jeunes filles, preuve de la mobilisation d’une grande partie de la société civile sur cette affaire – le procureur s’est en effet désolidarisé des officiers de police. Le magistrat a assuré qu’il tenait à défendre les droits civils, et a expliqué s’être basé sur le récit téléphonique, imprécis, de l’officier de police judiciaire, explique à metronews Younes Lazrak, un journaliste marocain qui a assisté au procès. "Un revirement assez inédit", confesse-t-il, que certains médias marocains, comme telquel.ma , analysent comme une probable issue favorable pour les jeunes filles.


Un procès qui en cache un autre

Derrière le procès de la longueur de la jupe, se cache également celui de l’auto-justice par des citoyens avec la complicité des forces de l’ordre, à en croire Younès Lazrak. Le journaliste trentenaire assure qu’au cours du procès, la société civile, les défenseurs des droits des femmes, mais aussi les avocats de la défense ont beaucoup insisté sur la liberté vestimentaire des femmes, mais ont surtout pointé du doigt le simulacre de justice fait par la foule, qui a tenté de faire sa loi dans le souk d’Inezgane, avec le soutien des autorités.

Par téléphone, Younès Lazrak loue la médiatisation de l’affaire, qui s’est pourtant déroulée dans une petite ville en banlieue d’Agadir. "C’est typiquement, le genre de dérapage qui aurait pu passer inaperçu. Les jeunes filles auraient alors pris trois mois ferme. Cette médiatisation montre que ce genre de cas ne peut plus se produire", assure-t-il.

Les jeunes filles ont porté plainte

De leur côté, les deux jeunes femmes ont porté plainte pour "harcèlement, agression, menaces, discrimination, insultes, diffamation et non-assistance à une personne en danger", rapporte le site arabophone Alyaoum24.com . Deux personnes ont déjà été arrêtées, vendredi, pour harcèlement sexuel, injures et agression.

Le procès de Sanaa et Siham s’inscrit dans un contexte très particulier. Depuis des mois, le pays est secoué par différentes polémiques sur les mœurs, notamment en matière d’homosexualité ou d’émancipation des femmes. Ce nouveau procès, illustre, une nouvelle fois, des crispations de la société marocaine sur certains sujets, et les divisions entre conservateurs et progressistes dans le pays.

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