Maroc : un journaliste en prison pour un tweet, les ONG protestent

Maroc : un journaliste en prison pour un tweet, les ONG protestent
International

LIBERTÉS - Le journaliste marocain Omar Radi est maintenu en détention depuis le jeudi 26 décembre pour avoir critiqué une décision de justice dans un tweet publié en avril dernier. Reporters sans frontières, le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) et plusieurs ONG dénoncent une sérieuse atteinte à la liberté de la presse et à la liberté d'expression.

En prison pour un tweet. Jeudi 26 décembre, le journaliste et militant marocain Omar Radi a été arrêté et placé en détention, pour avoir critiqué sur Twitter une décision de justice. Le jour de son arrestation, il a été entendu par la police judiciaire qui l'a déféré devant le procureur, puis son procès a débuté dans la foulée. Vendredi, ses avocats ont demandé sa remise en liberté provisoire, mais elle a été rejetée par le tribunal de première instance de Casablanca. La prochaine audience est fixée au 2 janvier, mais plusieurs ONG s'alarment déjà de cette situation.

Liberté d'expression contre code pénal

Le journaliste, âgé de 33 ans, est poursuivi pour un tweet publié en avril dernier, qui dénonçait le verdict d'un magistrat contre des membres du "Hirak", un mouvement de contestation sociale qui a agité le nord du Maroc en 2016 et 2017. Un juge de la Cour d’appel de Casablanca avait prononcé des peines allant jusqu’à 20 ans d'emprisonnement pour 42 membres du Hirak et Omar Radi l'avait mentionné en tant que "bourreau de nos frères". Il est aujourd'hui jugé en vertu de l'article 263 du Code pénal, qui punit d'un mois à un an de prison "l'outrage à magistrat". 

L'arrestation d'Omar Radi, considéré comme une figure médiatique du Mouvement du 20-Février - déclinaison marocaine du Printemps arabe -, suscite une vague d'indignation au Maroc et sur les réseaux sociaux. Les ONG s'alarment également de la réponse hors norme de la justice marocaine. 

"Aucun journaliste ne devrait être jugé en vertu du Code Pénal", a déclaré vendredi l'organisme Reporters sans frontières (RSF). "Nous exhortons les autorités marocaines à abroger tous les articles du Code pénal applicables à la liberté d'expression et d'information et ce en conformité avec la constitution et les engagements internationaux du pays. Ces dispositions restent une épée de Damoclès au dessus de la tête des journalistes marocains sous le joug du Code Pénal malgré la promulgation du nouveau Code de la Presse en 2016 qui a supprimé les peines de prison", a affirmé l'ONG.

Un groupe de soutien s'est formé pour obtenir sa libération

RSF, qui place le Maroc 135ème pays (sur 180) dans son classement annuel sur la liberté de la presse, à appeler à la "libération immédiate" du journaliste. Le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), a quant à lui demandé "l'annulation immédiate" des poursuites à l'encontre d'Omar Radi. L'association Freedom Now, qui se décrit comme un comité de défense de la liberté de la presse et d'expression au Maroc, a pour sa part fustigé une escalade de violations des droits humains et de la liberté d'expression dans le royaume.

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L'indignation a ensuite gagné le reste du Maghreb, et cinq ONG Tunisiennes ont dénoncé dans un communiqué "des attaques en hausse contre la liberté d'opinion et d'expression et le nombre croissant des détenus en raison de leurs opinions critiques à l'égard des autorités marocaines". Les associations, mais aussi de nombreux intellectuels et figures des droits humains au Maroc, regrettent une "instrumentalisation du pouvoir judiciaire" pour "régler les comptes" avec les critiques et les opposants.

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