Maroc : un violeur ne pourra plus échapper à la prison en épousant sa victime

Maroc : un violeur ne pourra plus échapper à la prison en épousant sa victime

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JUSTICE - Les députés marocains ont voté, mercredi 22 janvier, en faveur d'un amendement du code pénal afin que l'auteur d'un viol ne puisse plus échapper à la prison en épousant sa victime, deux ans après un fait divers qui avait suscité un vif émoi.

Violeur, il pouvait être blanchi s'il épousait sa victime. La loi le voulait ainsi, au Maroc, conformément à l'article 475 du Code Pénal. Mercredi soir, les députés ont voté la suppression de cet alinéa, très décrié au Royaume. L'amendement a été approuvé à l'unanimité des députés présents, après un feu vert du gouvernement islamiste et un vote favorable à la chambre des conseillers, en mars 2013.

Ce sursaut de conscience, les autorités marocaines le doivent en partie à un fait divers qui avait secoué le pays il y a deux ans. Violée à l'âge de 15 ans, la jeune Amina Filali avait été contrainte d'épouser son agresseur, sous la pression des familles et afin que ce dernier soit blanchi. Violée de nouveau pendant ce mariage, elle s'est donnée la mort en ingérant de la mort aux rats un an plus tard, en mars 2012.

D'autres combats à mener

"Aujourd'hui, Amina Filali peut enfin reposer en paix, a réagi auprès de l'AFP la députée du parti Authenticité et modernité (PAM), Khadija Rouissi. Depuis 2012, il a fallu attendre et c'est grâce à la lutte menée par les ONG et la mobilisation de certains groupes parlementaires que nous avons pu aboutir". "C'est un pas très important, mais qui n'est pas suffisant", a pour sa part souligné Fatima Maghnaoui, responsable d'une ONG soutenant les victimes de violences, et qui appelle désormais à "une révision complète du code pénal pour les femmes".

Dix ans après l'adoption de la moudawana (code de la famille), les défenseurs des droits des femmes au Maroc peuvent s'appuyer sur la nouvelle constitution de 2011, rédigée en plein Printemps arabe, qui consacre "l'égalité des droits" et exhorte l'État à oeuvrer pour la parité. Malgré cela, le gouvernement marocain peine à avancer.

C'est par exemple le cas pour les sanctions à l'égard des violeurs : le pouvoir a récemment été obligé de reculer sur son projet de loi qui devait permettre de sanctionner sévèrement leurs auteurs de viols, trop contesté. Parmi les combats qui restent à mener figure aussi l'interdiction du mariage des mineures, permis au Maroc par le code de la famille à la faveur de dérogations des juges. De 30.000 en 2008, le nombre de cas est passé à plus de 35.000 en 2010 et avoisine désormais les 40.000, selon des chiffres officiels et ceux d'ONG.

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