Méditerranée : que sait-on du C-star, ce navire loué par des militants d'extrême droite anti-migrants ?

Méditerranée : que sait-on du C-star, ce navire loué par des militants d'extrême droite anti-migrants ?

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ZOOM - Le groupuscule d'extrême droite Génération Identitaire a lancé une vaste campagne anti-migrants en Méditerranée. Depuis juillet, il sillonne la mer à bord du navire C-star, pour entraver le travail des ONG et repousser les embarcations de migrants vers les côtes africaines. Qui est à son bord ? Quelles sont ses actions ? LCI fait le point.

Le C-star, un nom qui commence à être tristement connu. Ce navire, loué par des activistes du Groupe identitaire, sillonne depuis le printemps la mer Méditerranée pour tenter de stopper le flux de migrants à destination de l'Europe.

Un navire, au coeur de la mission "Defend Europe"

Des militants européens d'extrême droite ont lancé debut mai la campagne "Defend Europe". Son but : stopper le passage des migrants en mer Méditerranée. Le groupuscule souhaite mettre en place une politique migratoire proche de celle appliquée en Australie. Depuis 2013, ce pays n'accepte plus aucun migrant sans visa. Toute personne interceptée en mer, qu'elle soit ou non éligible au statut de réfugié, est conduite dans des camps de rétention sur des îles du Pacifique. Une méthode musclée et une campagne choc qui a pour slogan : "Aucune chance, vous ne ferez pas de l'Australie votre foyer" ("No way, you will not make Australia home"). "Defend Europe" a d'ailleurs repris ce slogan à son compte : "No way, you will note make Europe home". 


Plus concrètement, ces activistes souhaitent combattre les ONG qui, à leurs yeux, "mènent des activités illégales en collaborant avec les mafias des passeurs" et repousser les embarcations de migrants vers les côtes lybiennes. Pourtant, forcer un bateau croisant dans les eaux internationales à gagner la Libye serait illégal selon le droit maritime international. Les garde-côtes italiens estiment également que la sécurité n'est pas assuré dans les ports lybiens, c'est pourquoi les migrants sauvés en mer sont conduits en Italie.


Après avoir tenté d'empêcher, le 13 mai dernier, le pavillon de l’ONG SOS Méditerranée, Aquarius, de quitter le port de Catane, en Sicile, le groupe d'extrême droite a décidé de mener bataille à bord de son propre navire : le C-Star.

Une mission rendue possible grâce au financement participatif

Génération Identitaire en a appelé aux dons pour financer cette campagne. Une collecte en ligne a permis de récolter plus de 76.000 euros. De nombreux internautes s'en étaient offusqué et avaient alerté Paypal, l'entreprise de paiement en ligne en charge de la collecte, qui avait fini par la suspendre. Contacté par LCI le 14 juin, Aurélien Verhassel, un membre du grouspucule, avait confirmé la nouvelle tout en indiquant : "Nous avons récupéré une partie des dons avant la clôture."


Effectivement, le 26 juin, ces militants d'extrême droite annonçaient qu'ils avaient constitué un équipage et trouvé un bateau  : le C-Star. Selon le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux (FTDES), ce navire a quitté le port de Djibouti le 7 juillet. 

A son bord, des militants mais pas que

L'opération est menée par les branches française, italienne, autrichienne et allemande de Génération Identitaire. D’après "HOPE not hate" (Espoir et non pas la haine), une campagne britannique créée en 2004, on trouverait à bord du C-Star Clément Galant, responsable de l’antenne française, Patrik Lenart, cofondateur de la branche autrichienne, Alexander Schleyer, membre de la section viennoise, Robert Timm, directeur régional de celle de Berlin et Glanmarco Concas, de la section italienne.


Fin juillet, alors que les autorités chypriotes arrêtaient une partie des membres de l'équipage pour "détention de faux documents", des Sri-Lankais ont quitté le navire. Le groupe d'identitaire à confirmé qu'"il y avait 20 apprentis marins" à bord. "Ceux-ci paient pour faire des miles sur ce navire afin de valider leurs diplômes, explique-t-il dans un communiqué. Ces marins devaient descendre en Égypte, mais ce fut finalement impossible. Ils ont donc profité de l’escale à Chypre pour quitter le navire. À l’aéroport, alors que les apprentis s’apprêtaient à rentrer dans leur pays d’origine, des ONG leur ont proposé de rester en Europe et de faire une demande d’asile." Cinq d'entre eux ont opté pour cette solution. 


Mais selon le site internet du quotidien nord-chypriote Kibris Postasi et contrairement aux affirmations de Génération Identitaire, ces cinq personnes assurent avoir du payer pour le passage jusqu'en Italie à bord du navire des identitaires.

En vidéo

L'Italie durcit le ton à l'égard des ONG secourant des migrants

Une forte mobilisation contre cette campagne

L'action de ces identitaires est scrutée de près par les organismes de défense des Droits de l'homme et régulièrement ralentie. Le navire aurait déjà été bloqué deux fois : lors de son passage au canal de Suez puis, le 26 juillet, dans le port de Famagouste (dans la zone turque de Chypre). 

Ce dimanche,  les pêcheurs du port de Zarzis, dans le sud-est de la Tunisie, se sont mobilisés pour empêcher le navire de faire esscale. "Nous allons fermer le canal qui sert au ravitaillement. C'est la moindre des choses vu ce qui se passe en Méditerranée, la mort de musulmans et d'Africains" en mer, avait prévenu le président de l'Association des marins pêcheurs, Chamseddine Bourassine. Un compte Twitter a même été créé pour renseigner aux internautes la position du navire. Les pêcheurs ont appelé leurs confrères à les imiter pour empêcher les militants d'extrême droite de poursuivre leur combat.


Selon les derniers chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 111.000 migrants sont arrivés en Europe par la mer depuis le premier janvier, dont près de 93.500 en Italie. Plus de 2.360 sont morts en tentant la traversée.

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