Memorial : les droits de l'homme en sursis en Russie

Memorial : les droits de l'homme en sursis en Russie

RUSSIE - La Cour suprême russe doit se prononcer mercredi sur la dissolution de l'ONG Memorial, exigée par le ministère de la Justice du pays. L'organisation est devenue le symbôle de la pression exercée par le gouvernement sur les défenseurs des droits civils.

Est-ce bientôt la fin de Memorial, l'une des principales ONG de défense des droits de l'homme en Russie ? Garante depuis 25 ans de la mémoire des victimes de la répression de l'Union soviétique, l'organisation est dans le collimateur du ministère russe de la Justice, qui réclame sa dissolution pour "violations flagrantes et répétées de la législation et de la Constitution". En cause : une structure spéciale, désormais jugée illégale, lui permettant d'accueillir sous sa tutelle une cinquantaine de groupes de défense des droits civils russes. La Cour suprême de Russie se prononce mercredi sur son sort.

Sa dissolution porterait un coup dur à tous les défenseurs des droits civils de Russie. Fondée en 1989 par d’anciens dissidents d'URSS, dont le prix Nobel de la paix Andreï Sakharov, Memorial est une institution dans le pays. Elle s'est battue pour faire la lumière sur le camp du Goulag et les pratiques du KGB . C'est elle qui est à l'origine de la loi, votée en 1991, réhabilitant les droits et la mémoire des victimes des répressions politiques conduites durant la Guerre froide.

"Agents de l'étranger"

Mais dans un pays où la "propagande" de l'homosexualité est punie par la loi (depuis juin 2013), s'engager en faveur des libertés individuelles et critiquer ouvertement Vladimir Poutine peut coûter cher. "Il est plus compliqué qu'avant de travailler en Russie", confie Friedrike Behr, chercheuse à l'antenne russe d'Amnesty International, contactée par metronews. "La pression sur les ONG a augmenté ces dernières années avec les campagnes de communication hostiles du gouvernement. Au sein de la population, le sentiment de défiance grandit chaque jour".

EN SAVOIR + >> Russie : le monument en hommage à Steve Jobs retiré après le coming out de Tim Cook

Les six dernières années ont été rudes pour Memorial. En 2008, ses bureaux à Saint-Pétersbourg sont perquisitionnés par la police, qui repart avec des archives sur les purges de Staline. En 2009, la responsable de l'ONG en Tchétchénie, Natalia Estemirova, est assassinée. En juillet dernier, Memorial est contrainte de s'enregistrer comme "agent de l'étranger" pour se conformer à une loi adoptée en 2012 visant à accentuer le contrôle de l'Etat sur ces organisations. Refusant de s'y plier, l'antenne de Memorial à Saint-Pétersbourg a dû fermer.

"Ça ressemble à une décision politique"

A Moscou, les ONG s'indignent aujourd'hui du sort qui pourrait être réservé à Memorial. "Il est difficile d'y voir clair dans ce cas précis, mais ça ressemble fortement à une décision politique", observe Friedrike Behr, en contact étroit avec l'ONG. "Mémorial a fait évoluer sa structure en conséquence et fourni les documents nécessaires au ministère russe de la Justice. Mais celui-ci affirme qu'il n'a pas le temps de les examiner et insiste pour que la Cour se prononce tout de même mercredi".

Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, une organisation intergouvernementale dont la Russie est membre, a appelé le ministre russe de la Justice à "empêcher" la fermeture de Memorial. Contactée mardi par metronews, l'ONG n'a pas donné suite. Mais mi-novembre, sa directrice affichait sa confiance : "Notre organisation a été créée sous l'Union soviétique. Nous avons survécu à Boris Eltsine, et nous survivrons aux suivants".

EN SAVOIR + >> La Russie vote des mesures de rétorsion contre les Etats-Unis

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : Jean Castex et Olivier Véran donneront une conférence de presse à 19h

Présidentielle 2022 : blessé au poignet en début de meeting, Éric Zemmour porte plainte

Un vaccin qui "n'empêche pas la transmission", est-ce vraiment "du jamais-vu depuis Pasteur" ?

Télétravail, vaccination des enfants... Ce qui pourrait être annoncé à l'issue du Conseil de défense lundi

Covid-19 : vacances de Noël avancées dans les écoles et rassemblements limités... la Belgique sur le qui-vive

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.