Mère d'un tueur de masse, elle raconte le parcours de son fils

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TEMOIGNAGE - Sue Klebold, la mère de l’un des assaillants de la tuerie du lycée de Columbine en 1999, raconte son calvaire dans un livre qu'elle n'avait pas osé publier avant. Torturée par la culpabilité, rongée par l'incompréhension, aujourd'hui encore elle se demande comment son fils a pu assassiner treize personnes avant de se suicider.

Dix-sept ans après la tuerie de Columbine, Sue Klebold, la mère de l’un des tueurs, revient dans un livre sur les coulisses de ce qui fut l’une des tueries de masse les plus marquantes aux Etats-Unis.  

Sans vouloir excuser ce fils qui s’est donné la mort après avoir exécuté douze élèves et un professeur avec son ami Eric Harris dans le lycée de Columbine en 1999, Sue Klebold dresse le portrait presque normal d’un enfant enjoué, qu’elle mit au monde envahie par un étrange pressentiment. "C'est comme si un rapace était passé au-dessus de nous et nous avait couverts de son ombre. En regardant ce parfait petit être dans mes bras, j'ai eu comme une prémonition: cet enfant me causera un grand chagrin", raconte-t-elle dans A Mother's Reckoning.

Comment s'inquiéter pour un enfant qui semble heureux ?

Elle décrit un enfant sûr de lui, bien dans sa peau et ordinaire. "Ce n'était pas le genre d'enfant pour lequel on s'inquiète en espérant qu'il trouvera sa voie et qu'il aura une vie productive. On l'appelait 'le rayon de soleil', pas juste à cause de ses cheveux blonds, mais parce qu'il avait l'air de tout réussir sans difficulté". Pourtant instable, résolument malheureux, Dylan traverse une lourde dépression en silence. Trois jours avant le massacre, il pose souriant avec sa petite amie Robyn Anderson sur sa photo du bal de fin d’année. Au lycée, il s’occupe de la mise en scène du club de théâtre avec son ami Eric Harris, réalise des vidéos pour le club cinéma et devient même assistant informatique. Comment imaginer que cette tête blonde de 19 ans s’apprête à massacrer ses camarades ?

Ses parents voient bien qu'il semble perturbé lors de son année en Terminale mais sous-estiment "la profondeur et la gravité de sa douleur et tout ce qu'il serait capable de faire pour y mettre fin, avec les conséquences mortelles et tragiques qu'on connaît". Sue Klebold se souvient du message que lui laissa son mari le 20 avril 1999. "'Susan, c'est une urgence! Rappelle-moi tout de suite'. Il n'a rien dit de plus. Ce n'était pas nécessaire: au son de sa voix, j'ai tout de suite su qu'il était arrivé quelque chose à un de nos fils".

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"Je vois les os ensanglantés de Dylan"

Comme le relate  State , les Klebold ne se doutent pas que leur fils fume, boit et pense constamment à mettre fin à ses jours. Ils connaissent finalement peu son ami Eric Harris, collectionneur d’armes psychotique. Mais Sue Klebold se souvient de l’étrange comportement de Dylan le matin du massacre. "Dans l'obscurité, mon fils m'a dit 'Au revoir' d'une voix aigüe et décidée. Ensuite, il a claqué la porte derrière lui. Il était parti avant même que je puisse allumer la lumière dans le couloir. Troublée par cet échange, je suis retournée au lit et j'ai réveillé Tom (son mari, NDLR). Il y avait quelque chose dans sa voix que je n'avais jamais entendu auparavant, presque comme un ricanement, comme s'il était au milieu d'une dispute", comme s'il était habité.

Et si elle l’avait arrêté ? Sue Klebold ne cherche pas à se défaire de sa culpabilité. Comment le pourrait-elle ? Elle raconte simplement ce sentiment d’impuissance et d’incompréhension qui a fait d’elle une autre personne. Quelqu’un d’obsédé, à la recherche d’explications, de raisons, de réponses. Torturée par l’effroyable destin de Dylan, elle illustre son mal-être en décrivant un rêve dont elle ne pourra jamais se défaire : "Je vois les os ensanglantés de Dylan, éparpillés par terre, dans une forêt. Je les ramasse un par un dans mes bras et je ne veux pas les reposer, de peur qu'ils soient perdus ou volés. Il n'existe pas d'endroit sûr où je puisse les mettre à l'abri. Alors, sans savoir quoi faire, je serre ces os collants et couverts de sang contre ma poitrine".
 

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