Meurtre de la journaliste Daphne Caruana Galizia : le Premier ministre de Malte confirme son futur départ

Joseph Muscat, Premier ministre de Malte.
International

CRISE - Les appels à la démission du Premier ministre maltais, Joseph Muscat, ont été entendus. Après les démissions de son chef de cabinet et de l'un de ses ministres, le chef du gouvernement a annoncé qu'il quitterait le pouvoir en janvier 2020. Retour sur un scandale politico-judiciaire hors-norme.

L'étau aura finalement été trop fort. Le Premier ministre de Malte Joseph Muscat quittera ses fonctions le 18 janvier 2020, a annoncé sa formation, le Parti travailliste, samedi 30 novembre. Une annonce confirmée le lendemain par Joseph Muscat lui-même, lors d'une allocution télévisée. "C'est la chose à faire", a-t-il assuré, sans mentionner l'enquête pour meurtre qui l'a poussé à cette décision.

La démission  paraît inéluctable, tant le gouvernement semblait en effet plus que jamais affaibli par l'enquête, toujours en cours, sur le meurtre de la journaliste d'investigation Daphne Caruana, commis il y a deux ans. Jusqu'au vendredi 29 novembre, en tout cas, où les appels à la démission du chef du gouvernement maltais se sont multipliés. Ils ont été entendus puisque, selon une source interne au parti, Joseph Muscat convoquera des élections internes pour désigner la prochaine direction du parti. Le système parlementaire maltais veut en effet que ce soit le chef du parti au pouvoir qui soit aussi le Premier ministre.

Une fonction que ne pouvait plus remplir Joseph Muscat. Il est en effet accusé par la famille de la journaliste d'être intervenu à différents niveaux dans l'enquête : non seulement en protégeant son chef de cabinet, Keith Schembri, suspect dans cette affaire mais aussi en refusant d'accorder une immunité à l'important homme d'affaires Yorgen Fenech, arrêté le 20 novembre, qui proposait de donner en échange des informations sur ce meurtre. 

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L'arrestation la semaine dernière du magnat maltais avait en effet accentué la pression sur le gouvernement en poussant Keith Schembi et le ministre du tourisme Konrad Mizzi à démissionner ce mardi 26 novembre, tandis que le ministre de l'Economie Chris Cardona, s'est mis "en réserve" le temps de l'enquête. Depuis, des manifestations se tiennent chaque jour pour demander également au Premier ministre de partir. 

Tuée dans une voiture piégée

Retour sur l'origine de ce scandale. Le meurtre de Daphne Caruana remonte au 16 octobre 2017. La voiture de la journaliste d'investigation avait été piégée alors qu'elle enquêtait sur la corruption au plus haut niveau. Décrite comme une "WikiLeaks à elle toute seule", elle s'était intéressée à la partie maltaise de l'enquête des Panama Papers.

 

Ses recherches l'ont conduite à découvrir des éléments compromettants pour les deux membres de l'exécutif Konrad Mizzi et Keith Schembri. Selon les documents mis au jour par la journaliste désormais assassinée, le premier, actuel ministre du Tourisme de l'île (à l'époque ministre de l'Énergie) et le second, donc chef de cabinet de Muscat, détenaient des sociétés panaméennes sur lesquelles plusieurs milliers d'euros par jour avaient été versés par une société de Dubaï pour des services non précisés. En clair, les deux hommes sont soupçonnés d'avoir reçu des pots-de-vin.

Fenech relâché sous caution

Une série d'arrestations récentes a permis aux magistrats maltais de découvrir que l'entreprise doubaiöte d'où provenaient ces versements appartenait à Yorgen Fenech. Ce magnat de l'hôtellerie, l'énergie et l'automobile avait ainsi été arrêté au milieu de la semaine dernière alors qu'il tentait de fuir l'île à bord de son yacht. Considéré par la famille de la journaliste comme l'un des commanditaires de son assassinat, il a été relâché sous caution ce mardi et a réclamé l'immunité pour révéler ses secrets.

Cette demande lui a donc été refusée. Le Premier ministre, largement affaibli par cette enquête aux multiples conséquences, a en effet fait part de ce refus d'accorder une immunité contre des informations ce vendredi, à l'issue d'une réunion d'urgence de son gouvernement qui a duré plus de six heures. Il a assuré à la presse que cette décision avait été prise en suivant les recommandations du ministre de la Justice et des autorités policières.

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