Mexique : Amnesty International dénonce les abus sexuels des autorités sur des détenues

Mexique : Amnesty International dénonce les abus sexuels des autorités sur des détenues

DROITS DE L'HOMME - Les forces de sécurité mexicaines font régulièrement subir des abus sexuels aux femmes arrêtées afin d'obtenir des "aveux", révèle Amnesty International dans un rapport publié mardi.

Coups, décharges électriques, palpations ou attachements… Depuis plusieurs années, les forces de sécurité mexicaines feraient subir des abus sexuels aux femmes arrêtées. Avec un objectif : recueillir leurs aveux. C'est ce qu'il ressort d'un rapport d'Amnesty International , publié mardi.

Basé sur les cas de 100 femmes incarcérées dans les prisons du Mexique, le rapport précise que 70 d'entre elles ont signalé les agressions à un juge ou à d'autres représentants de l'Etat. "Mais des enquêtes n'ont été ouvertes que dans 22 cas", indique le rapport qui précise que "personne n'a été poursuivi". Les faits seraient pourtant accablants : selon Amnesty, "72 ont dit avoir été agressées sexuellement pendant leur arrestation ou dans les heures qui ont suivi. Trente-trois affirment avoir été violées".

"La violence sexuelle utilisée comme forme de torture"

"Quand on parle de violence contre les femmes, la méthode préférée de l'Etat (mexicain) est la violence sexuelle. Ca a été une découverte effrayante", commente Madeleine Penman, auteure du rapport. "Ce que décrivent ces femmes donne un aperçu choquant de la prévalence de la torture contre les femmes au Mexique", estime Erika Guevara-Rosas, directrice pour les Amériques d'Amnesty International. Selon elle, "la violence sexuelle utilisée comme forme de torture semble s'être banalisée durant les interrogatoires".

La grande majorité de ces femmes a été accusée d'infractions en liaison avec le crime organisé ou les stupéfiants. Parmi les cas présentés figure celui de Monica, 26 ans, mère de quatre enfants, "qui a été violée par six policiers, a reçu des décharges électriques sur les parties génitales, a été asphyxiée à l'aide d'un sac en plastique et a eu la tête plongée dans un seau d'eau" à Coahuila (nord) en 2013. Selon l'ONG, les forces de l'ordre l'ont ensuite obligée à regarder son frère et son mari être torturés. Sur le trajet vers le parquet général, son mari a succombé "dans ses bras des suites des actes de torture qu'il avait subis". Cette femme aurait ensuite été obligée de signer des "aveux" selon lesquels elle appartenait à un cartel de drogue, ajoute le document.

Sur les milliers de cas de tortures dénoncés au Mexique depuis 1991, seuls 15 ont abouti à des condamnations, dénonce Amnesty. En 2012, année de l'accession au pouvoir du président Pena Nieto, 287 cas de tortures avaient été recensés dans le pays. En 2014, ce chiffre s'élevait à 2.403 cas, selon des chiffres obtenus par l'ONG auprès des autorités judiciaires mexicaines.

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