Le meurtre d'un journaliste de l'AFP spécialiste du narcotrafic indigne le Mexique

Le meurtre d'un journaliste de l'AFP spécialiste du narcotrafic indigne le Mexique

MEXIQUE - Javier Valdez, pigiste pour l'AFP, a été tué par balles lundi. Il avait consacré la dernière décennie de sa vie à mener des enquêtes sur le narcotrafic.

Javier Valdez était un spécialiste reconnu du narcotrafic. Ce journaliste, pigiste pour l’AFP, a été tué par balles lundi au Mexique. Il s’agit du cinquième reporter tué dans le pays cette année. Un drame de trop, estiment de nombreux Mexicains, qui ont prévu de manifester ce mardi.

Le journaliste a été assassiné en plein jour lundi dans la ville de Culiacan (nord-ouest), à proximité des locaux de la revue Riodoce qu'il avait fondée en 2003 avec deux collègues. Javier Valdez, 50 ans, travaillait depuis de plus de 10 ans pour l'AFP dans l'Etat de Sinaloa, fief du cartel de Joaquin "El Chapo" Guzman, actuellement incarcéré aux Etats-Unis. Ce père de famille était aussi correspondant du quotidien La Jornada.

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"Être journaliste, c'est faire partie d'une liste noire"

Javier Valdez avait publié plusieurs ouvrages d'investigation sur le narcotrafic, dont un ultime livre l'an dernier intitulé "Narcoperiodismo, la prensa en medio del crimen y la denuncia" ("Narcojournalisme, la presse entre le crime et la dénonciation"), dans lequel il reconnaissait lui-même qu'"être journaliste, c'est faire partie d'une liste noire". "Je lui ai plusieurs fois demandé s'il avait peur. Il me disait que oui, qu'il était humain. Je lui ai demandé alors pourquoi il risquait sa vie et il répondait : 'C'est quelque chose que j'aime, que quelqu'un doit faire, il faut lutter pour changer les choses'", a raconté son frère Rafael Valdez peu après le drame.

"A Culiacan, dans le Sinaloa, c'est un danger d'être vivant et de faire du journalisme, c'est marcher sur une ligne invisible dessinée par les méchants, ceux qui sont dans le narcotrafic et ceux qui sont au gouvernement", avait déclaré Javier Valdez en 2011 en recevant le Prix international de la liberté de la presse, décerné par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). "Il faut se protéger de tout et de tous", avait-il ajouté.

"Crime indigne"

Le meurtre a soulevé une vague d'indignation dans le pays et des manifestations sont prévues mardi matin à Mexico, Chilpancingo dans l'Etat de Guerrero (sud) et Culiacan pour exiger des autorités la fin de l'impunité. Le président mexicain Enrique Peña Nieto a condamné sur Twitter ce "crime indigne" et a réitéré son engagement pour "la liberté d'expression et la presse, fondamentales pour notre démocratie".

Selon l'ONG Articulo 19, qui a recensé 105 journalistes assassinés et 23 disparus depuis 2000, 99,7% des meurtres de journalistes restent impunis malgré la création d'une juridication spéciale. La mise en place d'un mécanisme gouvernemental de protection des journalistes n'a pas non plus fait la preuve de son efficacité.

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