Michael Bloomberg : "Ma politique à New York a fait gagner trois ans d'espérance de vie"

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INTERVIEW - Maire de New York de 2002 à 2013, Michael Bloomberg était en visite à Paris cette semaine avec un nouveau costume, celui d'envoyé spécial des Nations unies pour les villes et le climat. Entretien, alors que se tient le sommet sur le climat à New-York.

Vous avez été nommé envoyé spécial pour le changement climatique par l'ONU dans le cadre du sommet COP21, qui se déroulera à Paris en décembre 2015. Quelle est votre mission ?
Ce que le secrétaire général [Ban Ki Moon, ndlr] m'a demandé est de faire en sorte que les grandes villes mettent la pression sur leurs gouvernements pour les aider. La majorité des progrès en matière d'environnement proviennent des villes ou du secteur privé. Les gens peignent leur toit en blanc, les entreprises installent des panneaux solaires parce qu'ils y voient un intérêt économique. Mais, si les villes peuvent réduire la consommation électrique, elle ne peuvent agir en amont sur la production d'électricité. A New York, par exemple, les cinq centrales thermiques doivent moins polluer, mais ça n'est pas de notre ressort. C'est à l'État de New York de travailler en ce sens.

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Comment faire pour convaincre ?
Humm… leur téléphoner, leur écrire, les embarrasser, expliquer aux populations tout ce qu'elles doivent aux maires des grandes villes et industriels dans le monde… et demandent de l'aide à leur gouvernement. Au congrès américain, je vais leur expliquer que si ils mènent une politique en faveur de l'environnement, je pourrais les soutenir pendant leur campagne. Aux Etats-Unis, même si je parviens à convaincre le Président, toutes les lois doivent être adoptées par le Congrès. C'est notre Constitution qui le veut.

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Pourquoi vous impliquer sur ce sujet du changement climatique ?
En tant que maire de New York, j'ai eu l'obligation de travailler à améliorer la qualité de vie des habitants. Et sur ce point, l'environnement est une partie importante du sujet. Je me suis également préoccupé des questions de santé publique et les deux sont intimement liés. J'ai deux filles, des petits-enfant,s et je veux leur construire une vie meilleure.

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"A New York, des toits blancs pour baisser la consommation électrique"

Quel rôle voyez-vous aux villes sur ce sujet ?
Dans une ville comme New York par exemple, l'un des enjeux était de réduire la pollution de l'air.
Nous avons ainsi baissé la consommation électrique pour limiter la pollution émise par les centrales à l'extérieur de la ville. Nous avons également stoppé ce qui générait des gaz à effet de serre, avec des bus, les voitures et camions de la ville plus favorables à l'environnement. En nous assurant aussi que les bâtiments génèrent moins de pollution. L'avantage à New York, c'est que 5000 bâtiments sont à l'origine de la proportion la plus forte de pollution. Et nous en avons déjà convertis 50% pour qu'ils utilisent du gaz naturel plutôt que du pétrole. Nous avons aidé les habitants à peindre les toits en blanc. Aujourd'hui, 80% des toits sont en blanc parce que l'on sait que c'est un moyen de baisser la consommation électrique. Nous incitons aussi à l'installation de panneaux solaires. Sachant qu'à New York, les bâtiments sont à l'origine de 80% de la pollution, contre 20% pour les transports en commun. Par ailleurs, les gens marchent et utilisent les transports en commun plus que dans n'importe quelle autre ville.

De quelles actions en tant que maire de New York êtes vous le plus fier ?
J'ai toujours des difficultés à répondre à cette question. Mais je citerais un chiffre, lié à la santé : 8,4 millions de personnes ont gagné 3 ans d'espérance de vie pendant mes 12 ans de mandat. C'est un chiffre incroyable ! Si vous connaissez des Américains, dites-leur de venir habiter à New York, ils vivront trois ans de plus. Et ce grâce à la réduction de la pollution de l'air, aux incitations à arrêter de fumer, aux pistes dédiées aux vélos, à l'installation de détecteurs de fumée dans les appartements…

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Quelle ville vous semble exemplaire dans la lutte contre le réchauffement climatique ?
Toutes les villes ont leur problématique avec leur solution. Je ne peux en sortir une du lot. Nous formons un réseau de 69 villes. Elles s'inspirent les unes des autres et voient ce qui leur est applicable. Ce que je peux dire, c'est que la majorité des mesures mises en œuvre à New York venaient d'ailleurs.

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