Midterms 2018 : deux ans après l'élection présidentielle, où en est l'Amérique de Trump ?

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Midterms, un succès pour Donald Trump ?

MIDTERMS - Donald Trump s'apprête à affronter les élections de mi-mandat ce mardi. Un scrutin qui ressemble à un référendum concernant la politique qu'il mène depuis son arrivée au pouvoir, il y a deux ans. Retour sur cette première moitié de présidence mouvementée avec Marie-Cécile Naves, politologue à l'IRIS et spécialiste des Etats-Unis.

Pour ou contre Donald Trump ? Si cette question n'est pas celle posée aux Américains ce 6 novembre pour les élections de mi-mandat, ces dernières ressemblent à s'y méprendre à un référendum concernant leur président. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, le tempétueux milliardaire ne cesse de diviser. Pour mieux régner ? Alors que les urnes viennent d'ouvrir, le point sur ses deux premières années de présidence avec Marie-Cécile Naves, politologue à l'IRIS et spécialiste des Etats-Unis. 

LCI : L’économie américaine connait ces temps-ci une embellie. Donald Trump récolte-t-il les fruits de ses prédécesseurs ou cela s'explique-t-il simplement par les décisions prises depuis son arrivée au pouvoir ?

Marie-Cécile Naves : Il y a une dynamique enclenchée depuis 2010, pas seulement grâce à Obama, marquée par une croissance en hausse et une baisse du chômage. Mais tout cela est cyclique : les Etats-Unis s’inscrivent dans une tendance de fond, ce n’est pas seulement dû à Trump. Certes, sa grande réforme fiscale enclenchée en 2017 a redonné confiance aux marchés financiers et aux grandes entreprises qui ont pu développer d’avantage leurs activités. Si on raisonne au présent il en bénéficie, c’est certain. Je mets en revanche un bémol : à moyen terme il y a un risque de rattrapage et que la croissance se tasse, voire de récession. D’ailleurs le FMI met en garde les Etats-Unis contre la hausse des déficits, et la bourse a beaucoup baissé la semaine dernière.

LCI : Côté diplomatie, s'agit-il d'un président qui a une feuille de route ou qui raisonne au cas par cas ?

Marie-Cécile Naves : Pour l’instant, il n’y a pas vraiment de revirement concernant sa politique vis-à-vis de l’Arabie Saoudite. Certes il a eu des mots assez durs ces derniers jours avec l'affaire Khashoggi… avant de préciser que c'est au Congrès de trancher. Il ne veut pas prendre la décision de rompre les contrats d’armement avec Ryad. Au-delà de cela, nous sommes dans du court terme, on a du mal à voir quelle est sa stratégie. Par exemple concernant la guerre commerciale avec la Chine : Trump voulait l'affaiblir, sauf qu’en réalité elle est renforcée dans la région où elle a noué une nouvelle alliance avec la Russie. Cette politique court-termiste peut avoir des effets contre-productifs pour les Etats Unis. Là où il applique ses promesses de campagne, c'est dans la rupture avec son prédécesseur. Cela passe par le fait de se désengager de toutes les alliances et toutes les coopérations possibles. La dernière en date ? Le traité avec la Russie sur le nucléaire. Dès qu’il peut désengager les USA, il le fait. Ou menace de le faire, comme avec l’OTAN ou l’OMC. Cela lui permet de prouver que les Etats-Unis imposent leur vision au reste du monde.

Les propos qu'il tient sur l'antisémitisme sont très ambigus et il a sa part de responsabilité dans la violence qui se produit.Marie-Cécile Navès

LCI : La société américaine est-elle plus divisée depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump ?

Marie-Cécile Naves : Oui, il attise les divisions. La présidence d’Obama avait été marquée par des fortes divisions, la société était déjà clivée. Mais ce qui change avec Donald Trump, c’est que lui-même les attise au lieu d’avoir un discours d’unité. Certes, il a tenu des mots d’apaisement après le drame de Pittsburgh mais plus personne n’y croit. Il continue de souffler sur les braises. Il n’a pas interrompu sa campagne ces derniers jours et continue à parler de "globalisme", un mot appartenant à l'imaginaire complotiste et antisémite. Il continue de stigmatiser les minorités, les étrangers comme on le voit aujourd'hui avec sa volonté de revenir sur le droit du sol. Les propos qu'il tient sont très ambigus sur l'antisémitisme, et il a sa part de responsabilité dans la violence qui se produit. Certes, ce n'est pas lui qui envoie les colis piégés ni qui tire dans la synagogue de Pittsburgh mais sa rhétorique très ambiguë sur le rôle joué par George Soros - dans l'opposition à Brett Kavanaugh ou dans le soi-disant financement de la caravane des migrants - n'est-elle pas risquée ? Il a atteint un paroxysme qui pourrait se retourner contre lui. On le verra la semaine prochaine avec les Midterms.

LCI : Dans ce contexte, comment le camp républicain se positionne-t-il vis-à-vis du président ?

Marie-Cécile Naves : L'électorat républicain le soutient. On constate des taux d'approbation de l'ordre de 80%. Mais du coté des élus, le rapport est plus ambigu : pour l'instant, ils ne peuvent pas se désolidariser de lui, ils sont dans le même bateau. Mais en fonction des résultats des Midterms, beaucoup de choses peuvent se passer. Imaginons une chambre des Représentants qui bascule côté démocrate : Trump sera affaibli. Peut-être que les Républicains le soutiendront moins et se démarqueront de lui en vue des élections en 2020. Cela ne parait pas l'hypothèse la plus plausible mais si on assiste à un référendum anti Trump, il est clair que le parti va s'interroger sur la mise en selle d'un autre candidat.

LCI : Quid des Démocrates ? Se sont-ils remis de la claque infligée il y a deux ans ?

Marie-Cécile Naves : Les Midterms sont un test pour eux. Avec plusieurs inconnu, tout d'abord la participation. Rappelons qu'en 2016 les gens ne se sont pas déplacés pour les soutenir. Autre enjeu, les candidats inconnus. Ces derniers se présentent avec un agenda différent de celui du parti : plus à gauche, plus en prise avec les problématiques nouvelles (les droits des migrants, les minorités, l'environnement…). Ce décalage avec les instances du parti va-t-il obliger ce dernier à renouveler ses cadres et ne plus s'appuyer seulement sur des personnalités déjà connues tel que Joe Biden ? Une nécessité pour les Démocrates de renouveler leur agenda et leurs cadres sera peut-être la leçon des Midterms.

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