Migrants, pêche... Jean-Yves Le Drian accuse Boris Johnson de "manœuvres populistes"

Retrouvez le replay de l’émission Le Grand Jury du 21 novembre 2021 avec Jean-Yves Le Drian

CONFRONTATION - Le ministre des Affaires étrangères, invité du Grand Jury de LCI-RTL-Le Figaro, a vivement critiqué la politique britannique du Premier ministre Boris Johnson, qui cherche selon lui à imputer à la responsabilité de la France "des difficultés qu’il a en intérieur".

Le ton monte entre la France et son voisin britannique, bien que l'Hexagone se dise "prêt à la discussion". Éprouvée ces dernières semaines par plusieurs dossiers, comme la crise migratoire à Calais et les licences de pêche dans la Manche, la relation entre les deux pays se détériore encore un peu plus. Invité du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a cherché à se montrer ferme, tout en laissant ouverte la voie d'un apaisement de ces tensions.

"Je pense que Boris Johnson est un populiste et qu’il utilise tout élément à sa portée pour essayer de renforcer son poids politique au Royaume-Uni, mais aussi essayer de mettre sur la faute de l’autre des difficultés qu’il a en intérieur", a-t-il critiqué, estimant qu'il faut "rompre avec cette logique".  Avant de lancer : "On n'accumule pas ainsi des manœuvres populistes, essentiellement contre la France, parce qu'à ce moment-là on ne peut pas avoir un dialogue sérieux".

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"Le fait que Boris Johnson soit en train d'utiliser toute une série de sujets irritants avec la France pour asseoir davantage sa propre autorisation n'est pas un bon signe, mais nous sommes prêts à la discussion, y compris sur des sujets lourds", a-t-il tempéré, se disant ouvert au dialogue. Le voisin outre-Manche "reste un partenaire potentiel" à ses yeux, même si "les mots que nous utilisons sont d’une très grande fermeté", a-t-il assuré, évoquant notamment la rencontre entre Emmanuel Macron et Boris Johnson au G20 à Rome dernièrement.

"Nous respectons nos responsabilités et c'est aussi aux Britanniques d'assurer les leurs"

Depuis plusieurs semaines, ces tensions entre le Royaume-Uni et la France se cristallisent notamment autour des tentatives de traversée de la Manche par des migrants, souhaitant rallier l'Angleterre depuis les côtes du Nord-Pas-de-Calais. Dans la nuit de vendredi à samedi et dans la journée de samedi, près de 250 migrants ont été secourus en mer après avoir rencontré des difficultés en mer, a annoncé samedi soir la préfecture maritime.

Le responsable de la diplomatie française a ainsi réagi à la critique lancée par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin ce dimanche au Royaume-Uni dans les colonnes du Parisien, estimant que le pays est responsable de "plus de 25 ans" de crise migratoire à Calais, à cause de "l’attractivité de son marché du travail qui fonctionne avec une armée de réserve, comme dirait Karl Marx, des travailleurs clandestins payés à moindre coût et exploités". 

"Je pense qu'il a parfaitement raison", a déclaré Jean-Yves Le Drian, à l'unisson de Gérald Darmanin, estimant que "les Britanniques veulent nous faire prendre la responsabilité des difficultés qu’ils rencontrent pour la gestion des migrants sur leur propre territoire"

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Le ministre a évoqué les accords du Touquet, conclus en 2003, en assurant que la France respectait toujours sa part du contrat, contrairement aux affirmations de Londres. Ce traité prévoit des contrôles accrus aux frontières françaises pour éviter l'immigration clandestine vers l'Angleterre, en échange d'une indemnisation de la part de Londres pour financer les forces de l'ordre déployées pour ces contrôles. "Nous gérons pour compte des Britanniques leurs propres frontières, et nous n’avons rien à nous reprocher", a-t-il estimé, assurant que "nous respectons nos responsabilités et c'est aussi aux Britanniques d'assurer les leurs, nous n'avons aucune leçon à recevoir en la matière"

Au sujet de la politique migratoire de la France en général, "nous respectons le droit et continuerons à le faire", a assuré le ministre des Affaires étrangères, tout en reconnaissant que "le statu quo tel qu’il est ne peut pas rester ainsi" en Europe.

"Nous allons nous battre licence après licence, bateau après bateau"

Par ailleurs, Jean-Yves Le Drian s'est exprimé au sujet d'un autre point de tension entre le Royaume-Uni et la France : le dissensus autour de licences de pêche pour les bateaux français circulant sur la Manche après le Brexit. "Je ne considère pas que cette affaire soit terminée", a-t-il lancé. Des accords de commerce et de coopération entre l'UE et Royaume-Uni réglementaient selon lui le respect des "droits historiques de pêche", mais "aujourd’hui les Britanniques sont en train de faire du pointillisme exagéré et exaspérant sur l’antériorité" des bateaux concernés, a-t-il tancé. 

Le ministre a affirmé toutefois que les discussions se poursuivront dès lundi entre l'UE et le Royaume-Uni, auxquelles la France prendra part, et que "nous allons nous battre licence après licence, bateau après bateau", et qu'en cas de refus du Royaume-Uni de coopérer sur ce sujet, "nous serons intraitables sur ce sujet", avec la mobilisation de procédures. 

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