Migrants : que contiennent les accords du Touquet que Juppé et Sarkozy veulent renégocier ?

Migrants : que contiennent les accords du Touquet que Juppé et Sarkozy veulent renégocier ?
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DÉCRYPTAGE - Alain Juppé a de nouveau réclamé ce mardi la renégociation des accords du Touquet, qui établissent de facto la frontière franco-britannique à Calais. Retour sur un texte qui, plus de dix ans après son adoption par Tony Blair et Jacques Chirac, est de plus en plus critiqué.

La liste des opposants au traité du Touquet s'allonge. A l'heure où la "Jungle" de Calais se vide de ses migrants, plusieurs politiques multiplient les attaques contre ce texte régissant l'immigration clandestine au Royaume-Uni : Nicolas Sarkozy (qui avait pourtant signé l'accord en sa qualité de ministre de l'Intérieur), Xavier Bertrand, mais aussi Alain Juppé. Le maire de Bordeaux a par exemple estimé ce mardi que "les causes (ndlr : de la création de la "Jungle") on les connaît, c'est d'abord les accords du Touquet. Il faut les dénoncer".

Critiqué à l'heure où l'Europe affronte une crise migratoire, le traité du Touquet n'a pourtant pas toujours eu mauvaise presse. Pour comprendre, un retour en arrière s'impose. Plus exactement en 2003, quand les pouvoirs publics décident de tourner la page du centre d'accueil de Sangatte, fermé quelques mois auparavant à la demande du Royaume-Uni. Ce dernier, qui n'appartient pas à l'espace Schengen, veut alors interdire le passage de ses frontières aux non-ressortissants de l'Union européenne ne disposant pas d'un visa.

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    Paris et Londres vont ainsi adopter le "traité du Touquet" pour renforcer les contrôles en France afin de freiner les départs au Royaume-Uni voisin. Aux termes de ce texte, signé le 4 février 2003 au 25e Sommet franco-britannique en présence de Jacques Chirac et Tony Blair, des contrôles communs doivent avoir lieu dans les ports maritimes des deux pays, devenus des points de passage pour les migrants clandestins. Le traité introduit notamment des bureaux de contrôle d'immigration communs, dits "juxtaposés", dans les ports de la Manche et de la Mer du Nord - Calais, Boulogne-sur-mer et Dunkerque côté français, Douvres côté britannique.

    D'autres accords bilatéraux suivent, en 2009, 2010 et 2014. Ils prévoient que Londres finance les contrôles et la sécurisation des sites de transit dans le Calaisis, région qui fait face au port de Douvres. En échange, il revient de plus en plus aux autorités françaises de contrôler l'immigration clandestine vers la Grande-Bretagne, y compris aux abords du tunnel sous la Manche. Ce qui fait dire désormais à certains critiques que la frontière britannique s'est déplacée en France. Ces accords ont "conduit à faire de la France le "bras policier"  de la politique migratoire britannique", avait ainsi dénoncé début juillet 2015 la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH).

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