Migrants : qui est Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch arrêtée après avoir accosté de force à Lampedusa ?

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PORTRAIT - Héroïne pour les défenseurs des migrants, "emmerdeuse" pour le ministre italien Matteo Salvini, celle qui est aux commandes du navire humanitaire battant pavillon néerlandais, en est descendue dans la nuit de vendredi à samedi encadrée par des agents de police, sans menottes, avant d'être emmenée en voiture. Que sait-on d'elle ?

 Elle a choisi de forcer le passage, malgré la vedette de police chargée de l'en empêcher. Sortie de l'anonymat après avoir défié l'homme fort du gouvernement italien, Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch a été arrêtée par la police dans la nuit de vendredi à samedi après avoir accosté de force à Lampedusa. 


"Nous attendons encore et toujours une solution qui ne se dessine malheureusement pas. C'est pourquoi j'ai maintenant moi-même décidé d'accoster dans le port", avait-t-elle déclaré, avant son arrestation, dans une vidéo relayée par l'ONG sur les réseaux sociaux. De longues dreadlocks retenues en queue de cheval, le regard décidé, celle qui est aux commandes du navire humanitaire battant pavillon néerlandais est née il y a 31 ans à Kiel, au bord de la Baltique dans le nord de l'Allemagne, et navigue depuis huit ans, après des études en sciences nautiques et en protection de l'environnement. 

Engagement environnement et social

Si le monde l'a découverte en débardeur sous le soleil méditerranéen, sa spécialité est en fait le froid et la recherche polaire, en Arctique et en Antarctique. De son engagement en faveur de l'environnement est né aussi un engagement social, qui l'a poussée à consacrer ses congés des brise-glaces à des missions en Méditerranée avec l'ONG allemande Sea-Watch, avant de s'y consacrer à temps plein. Sa première mission date de l'été 2016, à l'époque où la flottille humanitaire était considérée comme un soutien appréciable pour les nombreux navires militaires italiens et européens engagés dans les secours au large de la Libye.


Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement populiste en juin 2018 en Italie, le travail des rares ONG encore en opération a pris un tour politique qu'elle assume pleinement. "Nous les Européens avons permis à nos gouvernements de construire un mur en mer. Il y a une société civile qui se bat contre cela et j'en fais partie", explique-t-elle.

"Je suis prête à aller en prison"

Assurant respecter scrupuleusement le droit maritime, celle qui apparaît désormais comme une héroïne pour les défenseurs des migrants, une "emmerdeuse" pour le ministre italien Matteo Salvini affirme: "Je suis prête à aller en prison pour cela et à me défendre devant les tribunaux s'il le faut parce que ce que nous faisons est juste". Pour elle, c'est une question de principe: "Peu importe comment tu arrives dans une situation de détresse. Les pompiers s'en moquent, les hôpitaux s'en moquent, le droit maritime s'en moque. Si tu as besoin d'être secouru, tout le monde a le devoir de te secourir". Et en mer, "le secours se termine quand les gens se trouvent en lieu sûr".


Pour rappel, mercredi, cette Allemande de 31 ans, aux commandes du navire battant pavillon néerlandais, avait forcé le blocus des eaux territoriales italiennes imposé par le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini (extrême droite). Mais le navire avait dû s'arrêter à un mille en face du petit port de Lampedusa et restait bloqué là depuis.

Une enquête contre elle

Carola Rackete a finalement choisi de forcer le passage au beau milieu de la nuit, malgré la vedette de police chargée de l'en empêcher. "Nous nous sommes mis devant pour l'empêcher d'entrer dans le port mais rien (...). Si on était restés sur le chemin, (le Sea-Watch) aurait détruit la vedette", a commenté devant des caméras un policier qui se trouvait à bord.


Un peu avant 3H00 (1H00 GMT), la police est montée à bord pour arrêter la jeune femme. La capitaine est descendue du navire encadré par des agents, sans menottes, avant d'être emmenée en voiture. Le parquet d'Agrigente (Sicile) a ouvert une enquête jeudi contre elle pour aide à l'immigration clandestine et non-respect de l'ordre d'un navire militaire italien de ne pas pénétrer dans les eaux territoriales italiennes. Parallèlement, une cagnotte pour payer les frais de justice de l'ONG et de "Capitaine Carola" a récolté plus de 320.000 euros depuis mercredi.

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