Migrants : "Une crise qui touche à l’âme de l’Europe"

Migrants : "Une crise qui touche à l’âme de l’Europe"

INTERVIEW – François Gemenne, chercheur à Sciences Po Paris, est un spécialiste des flux migratoires. Pour Metronews, il détaille les défis auxquels fait face l’Europe. Et assure qu’une sortie de certains pays, tel que la Hongrie, n’est pas à exclure.

Choquée par la photo du corps d'un petit Syrien sur une plage turque, l’Union Européenne s'efforce désormais de parler d'une seule et même voix pour faire face à une crise sans précédent. Donald Tusk, le président du Conseil européen, n'a pas caché son inquiétude face à une "division entre l'Est et l'Ouest de l'Union européenne".

Illustrant ces divisions, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, sur la défensive, a estimé qu'il ne s'agissait "pas d'un problème européen mais allemand". Le président du Parlement Martin Shulz , lui, a appelé à une réponse européenne : celle-ci a été ébauchée ce jeudi par Angela Merkel et François Hollande, lesquels appellent à des "quotas contraignants." La question d'une modification des accords de Dublin, qui règlent en principe la prise en charge des réfugiés dans l'UE, doit pour sa part être au menu d'une réunion européenne des ministres de l'Intérieur le 14 septembre à Bruxelles. Autant de pistes qui, en creux, laissent percevoir une profonde fracture entre les membres de l’Europe, comme nous l'explique François Gemenne, spécialiste des flux migratoires à Sciences Po Paris.

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Selon Angela Merkel, la crise migratoire pourrait s’avérer plus grave que celle de l’euro ou celle de la dette grecque. Est-ce aussi votre avis ?
Je le pense, oui. C’est une crise majeure pour l’Europe car comme le disait la chancelière, elle touche à l’âme de l’Europe. Les crises financières ou sur la grecque touche à des mécanismes institutionnels, à des instruments. C’est fondamentalement peu important. Ici, c’est l’idéal européen qui est en jeu. Et si l’Europe n’est pas capable d’accueillir des gens qui fuient la mort, si on se retrouve dans une situation où des enfants sont noyés, échoués sur des plages en tentant de rejoindre l’Europe, on peut se demander à quoi cette dernière peut-elle bien servir.

L’Europe a-t-elle la capacité d’absorber un afflux massif de migrants ?
Bien entendu ! L’Europe est la première puissance économique mondiale, c’est un continent de 700 millions d’habitants. Nous discutons pour cette seule année de 500 à 600.000 réfugiés. Soit un réfugié pour 1.000 Européens. C’est dérisoire.

Une scission entre les pays de l’est et ceux de l’ouest est-elle néanmoins envisageable ?
Il y a aujourd’hui une division majeure entre les pays qui prennent leur part de responsabilité et qui pourront se regarder en face devant l’Histoire, et ceux qui essayent d’en faire le moins possible. Il y a des pays exemplaires, comme l'Allemagne, et ceux à l’image de la Hongrie où Viktor Orban se retrouve à accuser Angela Merkel d’en faire trop. On marche sur la tête. C’est aussi une crise de leadership, une crise de courage politique : certains hommes d’Etat se révèlent, d’autres sont de vils politiciens.

Les accords de Schengen sont-ils caduques ?
La solution pour sortir de cette crise par le haut serait de développer un véritable système commun d’asile et d’immigration. Il passerait par la révocation des conventions de Dublin, qui sont mortes et enterrées. Si cela ne marche pas, nous risquons de nous retrouver dans des marchandages de quotas un peu pathétiques. Angela Merkel et François Hollande ont d’ailleurs annoncé des "quotas contraignants", alors qu’il devrait y avoir une solidarité naturelle au sein d’un continent. C’est honteux d’en arriver à imposer à des Etats des quotas pour qu’ils fassent le strict minimum.

Dès lors qu’il n’y a plus de vision commune entre les Etats membres, certains d’entre eux ne devraient-ils pas sortir de l’Union ?
Bien sur, c’est une vraie question qui se pose aussi. S’ils n’ont pas cet idéal commun, le plus petit commun dénominateur, on peut se demander ce que certains pays à l’image de la Hongrie font encore dans l’Europe. Les questions monétaires paraissent tellement dérisoires par rapport à celle-ci qui touche l’âme européenne.

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Et les citoyens européens dans tout ça ? La vague de solidarité inspirée par la photo de cet enfant noyé peut-elle peser dans les choix des dirigeants ?
Elle va avoir un fort impact. Je ne vois pas comment certains politiciens vont pouvoir continuer à dire qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. La crise a aussi généré chez les Européens des réactions de solidarité extraordinaire. Il y a le meilleur et le pire : le déferlement de racisme de certains qui se sont réjouits de la mort des migrants en Autriche, et d’autres d’une grandeur humaine, comme en Allemagne notamment.

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