Moines de Tibéhirine : nouveau coup de frein d'Alger à l'enquête française

Moines de Tibéhirine : nouveau coup de frein d'Alger à l'enquête française

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JUSTICE – Alger a reporté la visite en Algérie, prévue à partir de dimanche, du juge Marc Trévidic, au cours de laquelle il devait procéder à l'exhumation des têtes des sept moines de Tibéhirine assassinés en 1996.

"C'est un immense camouflet infligé à la justice française". L'avocat des familles des moines de Tibéhirine ne cache pas sa déception. L'Algérie a en effet reporté, au dernier moment, la visite prévue à partir de dimanche du juge français Marc Trévidic. Ce dernier devait procéder à l'exhumation des têtes des sept moins cisterciens assassinés en 1996. Leur autopsie n'a encore jamais été permise.

Un feu vert d'Alger avait été donné cet automne, suscitant une vague d'espoir du côté des familles. La lumière allait peut être enfin être faite sur les circonstances dans lesquelles les sept hommes avaient été tués après avoir leur enlèvement dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par un groupe d'hommes armés dans leur monastère isolé de Tibéhirine, près de Medea (nord-ouest). Le rapt et l'exécution avait été revendiqué par un groupe islamique. Mais seules les têtes ont été retrouvées au bord d'une route de montagne.

"Nous sommes menés en bateau depuis si longtemps"

Pour le juge anti-terroriste Trevidic, chargé de l'affaire, la thèse de l'assassinat islamiste ne serait peut être pas la bonne. L'homme a dirigé son enquête dans une toute autre direction, bien plus embarrassante pour l'Algérie, avec le témoignage en 2009 d'un ancien haut gradé à l’Ambassade de France à Alger. Selon ce dernier, en effet, les moines auraient été tués lors d'un raid d'hélicoptères militaires mené sur un bivouac de djihadistes où les moines étaient retenus en captivité. En résumé : une bavure de l'armée algérienne.

Mais pour en apporter la preuve, une analyse des restes des victimes est nécessaire. Marc Trévidic a donc préparé pendant quatre mois sa mission qui devait intervenir début mars, un déplacement auquel devaient participer une dizaine de personnes, dont des magistrats, des policiers et des experts. Le report, contre toute attente, de son entrée sur le territoire exaspère les familles.

De source judiciaire, on a précisé que cette visite était reportée "à fin mai-début juin", soit après les élections présidentielles . Ce déplacement aura-t-il vraiment lieu ? "Je suis sceptique", répond Me Baudouin, avocat des familles. "Nous sommes menés en bateau depuis si longtemps dans cette affaire, tempête-t-il, avant de s'interroger : "Je ne vois pas pourquoi on ne laisse pas la justice faire son travail si on a rien à dissimuler".

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