"Mon travail consiste à faire des trous sur Mars"

"Mon travail consiste à faire des trous sur Mars"

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SCIENCES – Alors que la Planète rouge est au plus proche de la Terre ce lundi, Metronews a rencontré Eric Lorigny, l'un des six ingénieurs français qui pilote la ChemCam, un laser surpuissant embarqué sur la sonde américaine Curiosity.

"Parmi les douze ingénieurs au monde qui pilotent les instruments du rover Curiosity, nous sommes six Français, c'est une chance." Eric Lorigny, 45 ans, fait partie de la poignée d'heureux élus qui explorent le sol de Mars depuis l'Hexagone. Car si la trajectoire de Curiosity, en mission sur la Planète rouge depuis août 2012, est décidée depuis la Californie, le robot américain reçoit également des instructions du CNES (Centre national d'études spatiales) de Toulouse. Eric Lorigny y est responsable des opérations au FIMOC (French Instrument Mars Operation centre), le laboratoire en charge des deux instruments français embarqués sur le robot : le laser ChemCam, qui fragmente la roche pour révéler sa constitution, et SAM, qui étudie l'atmosphère et la surface du sol martien.

Travailler à l'heure martienne

Pour piloter la ChemCam, pas de joystick mais des lignes de codes. Toutes les deux semaines, en alternance avec l'équipe américaine, les ingénieurs du FIMOC téléguident ainsi les deux instruments selon les orientations des scientifiques. "Mon travail consiste à faire des trous sur Mars, résume Eric Lorigny. Le laser envoie la puissance d'une centrale nucléaire sur une surface équivalente à une pièce de un centime. Il ne faut pas se tromper, chaque journée sur Mars est très coûteuse." Si plus de 120.000 tirs ont été effectués depuis le début de la mission, l'ingénieur garde une émotion intacte : "A la fin de ma journée de travail, j'ai toujours la larme à l'œil. Nous sommes des pionniers."

Pourtant, cette mission met le corps à rude épreuve. Au début, le FIMOC travaillait même à l'heure martienne. "Là-bas, une journée dure 24 h 40. On perdait la notion du jour et de la nuit." Aujourd'hui, l'équipe de chercheurs est réglée sur l'heure américaine. "Il faut parfois prendre des décisions très importantes à 3 heures du matin et les défendre dans un anglais parfait. Même aller aux toilettes demande de s'organiser."

"Ne pas démolir le rêve des gens"

Depuis son atterrissage, Curiosity a permis de confirmer l'existence de traces d'eau sur Mars. Reste désormais à déterminer combien de temps elle y est resté. "Sur Terre il a fallu de l'eau pendant 1 milliard d'années pour voir la vie apparaître, explique Eric Lorigny. Une possible vie qui suscite des fantasmes parfois infondés . Mais l'ingénieur les voit d'un bon œil. "Au mieux, cette vie prendrait la forme bactérienne. Mais nous n'avons pas le droit de démolir le rêve des gens." Lui, rêve de comprendre. "Pourquoi l’atmosphère est-elle partie de Mars ? Pourquoi la vie a-t-elle disparu ? Est-ce que cela peut aussi nous arriver ? En étudiant Mars, c'est tout autant la Terre, sa sœur jumelle, que nous connaîtrons."

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