Mort annoncée d'al-Baghdadi et chute de Mossoul : "Ne mésestimons pas le pouvoir de déstabilisation de Daech", prévient un spécialiste du Moyen-Orient

Mort annoncée d'al-Baghdadi et chute de Mossoul : "Ne mésestimons pas le pouvoir de déstabilisation de Daech", prévient un spécialiste du Moyen-Orient

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INTERVIEW - Après avoir été chassé de la ville de Mossoul par l'armée irakienne, le groupe Etat islamique aurait perdu son chef Abou Bakr al-Baghdadi. C'est en tout cas ce qu'a annoncé ce mardi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. Un nouveau revers pour cette organisation tant redoutée. Mais jusqu'à quel point ?

C'est un véritable serpent de mer. La mort d'Abou Bakr al Baghdadi, le chef du groupe Etat islamique (EI), a été annoncée à maintes reprises mais n'a jamais pu être confirmée. Ce mardi 11 juillet, c'est l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) qui affirme s'appuyer sur des informations en ce sens de "hauts responsables de l'EI" dans la province de Deir Ezzor, une région de l'est syrien contrôlée en grande majorité par le groupe djihadiste. 


Si l'information était cette fois avérée, il s'agirait d'un coup très dur porté contre cette organisation qui vient de perdre Mossoul, son dernier grand bastion urbain en Irak, et qui est la cible d'une offensive dans son fief de Raqa en Syrie voisine. Avec quelles conséquences ? Pour le savoir, nous avons interrogé Hugo Micheron, doctorant à l’Ecole Normale Supérieure et spécialiste du Moyen-Orient et de Daech.

LCI : Peut-on se fier à l'annonce de l'OSDH ?

Hugo Micheron : L'OSDH a pour réputation d'être le plus souvent crédible dans ses annonces sur les événements de la guerre civile syrienne. Elle fait rarement ce genre de déclaration sans avoir des éléments probants. On sait, par exemple, que des vérifications sont en cours avec notamment des test ADN. Disons que l'OSDH est beaucoup plus fiable que la Russie, qui s'empresse de claironner ses coups d'éclats militaires. Le ministère russe de la Défense avait ainsi affirmé avoir "selon une forte probabilité" tué Abou Bakr al-Baghdadi dans une frappe aérienne fin mai près de la ville de Raqa en Syrie, une information qui n'avait été confirmée par aucune autre source.

LCI : La mort d'al-Baghdadi, si elle est confirmée, intervient après la chute de Mossoul. Dans ces conditions, peut-on dire que le groupe Etat islamique est proche de l'anéantissement ou peut-il sans cesse renaître de ses cendres ?

Hugo Micheron : Mossoul était un symbole. C'est la ville où Daech avait proclamé son pseudo "califat" en juin 2014. Les djihadistes voulaient en faire un modèle. Elle était d'ailleurs apparue dans plusieurs épisodes de leur propagande. Le fait de perdre Mossoul est donc une énorme défaite pour l'Etat islamique, dont on ne peut que se réjouir. Toutefois, ne mésestimons pas son puissant pouvoir de déstabilisation. Ainsi, il y a de fortes chances que l'organisation fasse tout pour brouiller le processus de reconstruction de cette partie de l'Irak. Par ailleurs, l'Etat islamique va pouvoir regrouper ses forces. Contrôler et gérer une telle ville lui demandait beaucoup d'énergie.

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LCI : Ces coups durs en série pour Daech peuvent-ils entraîner un retour massif en France des candidats au djihad ?

Hugo Micheron : Pour les femmes et les enfants, c'est certain. On estime à plusieurs dizaines le nombre d'enfants français de moins de 10 ans présents en Syrie. Il va bien falloir gérer leur retour et ça va être problématique. En revanche, les hommes encore sur place sont des jusqu'au-boutistes. Je doute d'un retour massif de leur part. Ils vont plutôt tenter de se fondre dans la masse même si c'est plus dur pour un sympathisant français, avec l'accent toulousain, que pour un sympathisant irakien.

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