Mort d'al-Baghdadi : "Soit un nouveau calife prend sa succession, soit Daech et Al Qaïda peuvent se rapprocher"

Mort d'al-Baghdadi : "Soit un nouveau calife prend sa succession, soit Daech et Al Qaïda peuvent se rapprocher"
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TERRORISME - La mort d'Abou Bakr al-Baghdadi a été annoncée dimanche par Donald Trump. Une disparition qui devrait ouvrir une nouvelle ère pour le groupe Etat Islamique, comme l'explique à LCI Elie Tenenbaum, chercheur à l'Institut français des relations internationales.

"Il n'est pas mort comme un héros, il est mort comme un lâche" : Donald Trump a annoncé dimanche la mort du chef du groupe Etat islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi lors d'une opération militaire américaine dans le nord-ouest de la Syrie. Cette disparition pourrait rabattre les cartes du terrorisme dans la région, nous confie Elie Tenenbaum, chercheur à l'Institut français des relations internationales.

La mort d'Abou Bakr al-Baghdadi peut-elle affaiblir le groupe Etat islamique ?

Le mouvement était déjà affaibli, ayant perdu toute emprise territoriale depuis la chute de Baghouz en mars dernier. Il continue néanmoins d'avoir des soutiens et une activité assez soutenue, en Irak comme en Syrie. La vidéo de Baghdadi en avril dernier assumait l'amorce d'une nouvelle phase, celle d'une guérilla souterraine, clandestine et dispersée. Il était très clair depuis deux ans que la phase du contrôle territoriale de Daech allait s'achever, exposant davantage Baghdadi à ce genre de raid.

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Que nous apprend le lieu où Baghdadi a été retrouvé, ce village du nord-ouest syrien proche de la frontière turque ?

L'emplacement de sa mort pose plus de questions qu'il ne donne de réponses. Il faut comprendre que Baghdadi et son organisation sont irakiens, et qu'ils se sont imposés en Syrie par les armes, avec de nombreuses difficultés. Le fait qu'on le retrouve à Baricha est significatif : il s'agit d'un territoire contrôlé par le groupe Hayat Tahrir Al-Cham (HTS), anciennement Jabhat al-Nosra. HTS est dirigé par Abou Mohammed Al-Joulani, qui était le supplétif de Baghdadi. Il s'agit d'un Syrien, envoyé en Syrie par Baghdadi et qui s'est retourné contre lui quand sa "filiale" s'est autonomisée. D'où la divergence entre Daech et Al Qaïda en Syrie. Joulani, étant en conflit avec Baghdadi, n'était donc pas du tout soupçonnable de l'accueillir.

Finalement, pourquoi Baghdadi n'était pas en Irak mais vers Idleb, dans la gueule du loup ? Peut-être car il n'avait pas assez de soutiens pour s'implanter durablement en Irak comme on pouvait le penser jusqu'à présent. Autre hypothèse : car il était potentiellement là pour orchestrer un rapprochement avec Al Qaïda. En effet, il aurait été démasqué par les Américains dans la maison d'un certain Abou al-Bara’a al-Halabi, qui est un commandant de Houras Eddine (Al Qaïda en Syrie). Ce groupe a été créé avec des anciens d'al-Nosra, mais aussi des anciens de Daech dont ce al-Halabi.

Baghdadi mort, une lutte pour sa succession peut-elle avoir lieu au sein de Daech ?

Sa mort ne va pas nécessairement changer les choses. Il existe déjà un Conseil de direction, qui devrait assez vite prendre en compte sa disparition. En revanche, il va falloir suivre l'évolution du djihadisme international, dont la bipolarisation est actée depuis 2014. Jusqu'à présent, les djihadistes suivaient Al Qaïda ou Daech. Et quand on suivait Daech, cela signifiait prêter serment au calife. Or ce calife étant dorénavant mort, soit il y en a un nouveau reprenant les allégeances, soit celles-ci deviennent caduques. On pourrait donc voir – et c'est déjà le cas sur un certain nombre de théâtre de conflits – un rapprochement entre les deux groupes et ainsi une réunification du djihad international.

Le retrait américain de Syrie suivi de l'intervention de la Turquie a-t-il joué un rôle dans le déclenchement de ce raid ?

Je ne pense pas que, au niveau opérationnel, cela soit lié. C'est une opération tellement sensible que, dès lors qu'ils ont l'information, les Américains ne pouvaient que passer à l'action. L'information se périmant tellement vite, Baghdadi changeant de localisation souvent, qu'ils ont mené l'opération le plus vite possible. En revanche, sur le plan politique, cela démontre que Daech existe toujours en Syrie et que le retrait des Américains n'est pas si opportun. Donald Trump peut malgré tout dire qu'il a tué Baghdadi et qu'il peut donc logiquement se retirer de la zone. Cela n'a aucun sens opérationnel, mais peut en avoir sur la scène politique aux Etats-Unis.

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