Kim Wall, morte à bord d'un sous-marin au Danemark : le destin foudroyé d'une jeune journaliste intrépide et sensible

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PORTRAIT – Unanimement décrite comme sensible, talentueuse et pleine d'empathie avec ceux qu’elle interviewait ou sur qui elle écrivait, la journaliste suédoise Kim Wall est brutalement décédée à bord d’un sous-marin danois, le Nautilus, sur lequel elle avait entamé un reportage le 10 août dernier.

Elle était souriante et avait l’air heureuse. D’après deux marins danois, dernières personnes à l’avoir vue en vie, la journaliste indépendante suédoise Kim Wall, 30 ans, dont le torse mutilé a été découvert mardi – et identifié par comparaison ADN mercredi – sur les rives de l’Öresund, au Danemark, ne semblait pas inquiète à bord du sous-marin de Peter Madsen. C’est pourtant là, sur le Nautilus, que la trentenaire aux yeux marron aurait perdu la vie dans des circonstances troubles. 


"D’aucune façon je n’ai senti qu’elle était menacée", raconte Rasmus Eilars, qui naviguait en Zodiac avec son fils Viggo lorsque celui que l’on surnomme "Rocket-Madsen" et sa passagère ont pris le large, le 10 août au soir, non loin de Copenhague. Personne après eux ne la reverra vivante. "Elle a pris une photo de nous, elle était amicale, sympathique, et paraissait très agréable. Si elle avait voulu quitter le sous-marin, nous aurions pu facilement la prendre avec nous, mais mon sentiment est qu'elle était à son aise à ce moment-là."

Une reporter proche des gens

De passage en Scandinavie pour voir ses proches, Kim Wall avait décidé de tirer le portrait de Peter Madsen, inventeur génial et controversé de 46 ans, créateur de sous-marins artisanaux mais aussi passionné de fusées et de conquête spatiale. "Cela semblait être une histoire pour Kim", explique dans les colonnes de Libération la journaliste italienne Caterina Clerici, proche de la victime. "Elle était toujours fascinée par les histoires de gens insolites, différents, les endroits cabossés". Et de fait : famille, amis, simples connaissances, ex-collègues ou confrères parfois croisés sur les bancs de la fac, tous décrivent une jeune femme sensible, talentueuse, qui faisait toujours preuve d’empathie lors de ses nombreux reportages.

 

"Elle a voyagé dans les coins les plus éloignés du globe – les îles Marshall, Haïti, Cuba, le Sri Lanka – principalement grâce à des bourses qui reconnaissaient son immense talent. Elle s’est même glissée en Corée du Nord à un moment", détaille Sruthi Gottipati, une autre amie, dans le quotidien britannique The Guardian. Aux quatre coins de la terre, Kim Wall s’adaptait, prenait le temps nécessaire afin de rencontrer et écouter les gens, seul moyen selon elle de comprendre le monde qui l’entourait. Quitte à trop faire confiance ? Beaucoup le pensent, estimant qu’elle pourrait avoir été victime d’un excès de bienveillance envers le sulfureux Peter Madsen. L’enquête, sous le feu des projecteurs, devra le déterminer. 

De la Suède aux Etats-Unis, une vive émotion

Preuve de l'émotion planétaire suscitée, d’anciens étudiants de la prestigieuse université américaine de Columbia, où la Suédoise avait validé un master en journalisme, ont organisé mercredi une veillée funéraire en sa mémoire. "Nous nous sommes retrouvés vers 19 heures. Tout le monde se réconfortait, se remémorait des souvenirs", raconte au journal scandinave Aftonbladet Ye Ming, l’une des participantes. Sur des airs de disco, notamment d’ABBA, l’un des groupes favoris de leur amie, tous se sont rappelés des moments heureux passés en sa compagnie. "Il y avait beaucoup de bougies et de fleurs. À 20 heures, nous avons commencé à diffuser l’évènement en direct sur Facebook afin que les amis de Kim qui n'étaient pas à New York puissent être là quand même." La reporter, qui projetait de partir vivre en Chine avec son petit-ami, avait fait de la mégalopole américaine son domicile.  


À plus de 6000 kilomètres de l'Amérique, à Trelleborg, dans la province de Scanie, l’émotion était également palpable. C’est dans cette petite ville de 30.000 habitants, la plus méridionale de Suède, que résident les parents de Kim Wall. Mercredi soir, quelques heures après la confirmation du drame, des dizaines de personnes, des anonymes essentiellement, se sont là aussi réunis, sur l’une des nombreuses plages de la commune. En hommage, ils y ont dessiné les trois lettres du prénom de la jeune femme à l’aide de bougies. 

Elle donnait la parole aux personnes faibles, vulnérables et marginaliséesIngrid Wall, la mère de Kim Wall

Difficile de savoir si les proches de la victime ont eu le courage de s’y rendre. Certains, néanmoins, ont su trouver la force de s’exprimer publiquement. C’est le cas d’Ingrid Wall, la maman de Kim, qui a posté un long texte sur son compte Facebook (voir ci-dessous) à la gloire de sa fille. "La tragédie ne nous a pas seulement frappés nous, sa famille, mais des amis et des collègues du monde entier", écrit-elle. "Pendant les horribles jours qui ont suivi la disparition de Kim, nous avons eu d'innombrables preuves de l'amour et du respect qu'elle suscitait, ainsi que de l'être humain, de l’amie, de la journaliste professionnelle qu’elle était."

"Elle a trouvé et raconté des histoires sur les différentes parties du globe, des histoires qui devaient être écrites", poursuit Ingrid Wall. "Elle donnait la parole aux personnes faibles, vulnérables et marginalisées. Cette voix était nécessaire et attendue, depuis longtemps. On ne l’entendra désormais plus." 

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