Cuba : qui est Miguel Diaz-Canel, favori pour remplacer Raul Castro en 2018 ?

Cuba : qui est Miguel Diaz-Canel, favori pour remplacer Raul Castro en 2018 ?

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PORTRAIT - En 2018, Raul Castro remettra son mandat de président. Son vice-président, Miguel Diaz-Canel, est fortement pressenti pour lui succéder, mettant fin à la dynastie castriste qui dirige le pays depuis 1959. Avec quels changements en perspective ?

Fidel Castro décédé, son frère Raul continuera d'assumer, seul, l'héritage du pouvoir qu'il a reçu de son grand frère. Mais ses jours à la tête de Cuba sont comptés : l'actuel président de l'île, âgé de 85 ans, passera la main en 2018, date limite de son dernier mandat. Qui pour le remplacer ? Raul Castro n'a pas attendu le dernier moment pour placer ses pions. 

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Le 22 février 2013, en marge d'une visite à Cuba du Premier ministre russe Dimitri Medvedev, la question de la succession avait ainsi déjà été abordée : "Je vais démissionner. Je vais avoir 82 ans, j’ai le droit de me retirer. Vous ne croyez pas ?", avait lancé Raul Castro aux journalistes sous forme de plaisanterie. Deux jours plus tard, il remplaçait son premier vice-président par un homme bien connu des milieux castristes, un certain Miguel Diaz-Canel. Et pour Raul Castro, c'est ce numéro deux actuel du régime qui a vocation à le remplacer.

Il aimait parler au peupleun ancien associé de Miguel Diaz-Canel

Miguel Diaz-Canel apparaît donc aujourd'hui comme celui qui sera appelé à mettre fin à plus d'un demi-siècle de pouvoir castriste. Titulaire d'un diplôme en ingénierie électronique obtenu à l’université centrale de Las Villas, cet homme de 56 ans s'est en réalité immiscé dans la vie politique cubaine depuis plus de 20 ans. 


En 1993, il est à la tête de la branche provinciale du Parti communiste cubain (PCC) dans sa province natale de Villa Clara. Il y restera dix ans avant d'occuper la même fonction dans la province de Holguín, dans l'est du pays, dont sont originaires les Castro. "Son éthique de travail a été beaucoup admirée. Il avait une grande endurance physique et mentale", témoignait ce week-end un proche de cette période dans le  Miami Herald. "Il aimait parler au peuple. Il se rendait parfois dans les bars locaux pour partager une bière et une blague", poursuit auprès du plus grand journal de Floride une autre connaissance. Avant d'enchaîner : "Dans les années 90, Cuba connaissait une terrible crise économique, il était très difficile pour les plus modestes de s'approvisionner en essence, une ressource qui s'était raréfiée et était devenue onéreuse. Vous savez ce qu'a fait Miguel Díaz-Canel ? Il a abandonné sa voiture de fonction au profit d'une bicyclette pour circuler à Villa Clara. Autant vous dire qu'il a gagné en popularité auprès de la population". 

La clé de son succès est sa sympathie avec la classe dirigeanteun exilé cubain, ancien collègue de Miguel Diaz-Canel

Une popularité glanée y compris dans les hautes sphères du PCC. En 2003, c'est Raul Castro qui le désigne chef du parti. Le début de son ascension. "La clé de son succès est sa sympathie avec la classe dirigeante", explique, toujours dans le Miami Herald, un exilé cubain qui a travaillé jadis avec Miguel Díaz-Canel. "Il s'entend bien avec Fidel et Raul Castro , tous les deux l'ont aimé", ajoute t-il. 


Une double estime précieuse puisqu'elle le propulse en 2009 ministre de l’Enseignement supérieur. Miguel Díaz-Canel est alors chargé de reprendre en main les universités cubaines, notamment pour redonner aux jeunes le goût des études. "Il est très apprécié, jeune, bien éduqué. Il est admiré dans le monde souvent intimiste des cercles universitaires. ( ) Il a montré qu'il avait le talent pour manipuler les gens", analyse, plus sévèrement, le professeur Rafael Betancourt de l'Université de La Havane dans le Latin Post. 

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Miguel Diaz-Canel se révèle en tout cas un politique habile. En 2013, il délaisse son porte-feuille de ministre et obtient le poste de vice-président du Conseil des ministres, lorsque ce dernier se renouvelle. Dès lors, le président Raul Castro fait de lui l'un de ses bras droits. Au cours des trois dernières années, il a sillonné Cuba mais aussi la planète entière en tant qu'emblème de la nouvelle direction politique de l'île. C'est par exemple lui qui avait fait le déplacement à Paris l'an dernier pour la COP 21. 

Quand Raul Castro ne sera plus président, ce sera une autre affaire. Miguel Díaz-Canel n'a pas de chars ni de troupesJaime Suchliki, directeur de l'Institut des études cubaines à l'Université de Miami

Sa proximité avec les deux frères Castro préfigure t-elle une continuité de la politique castriste en vigueur depuis 1959 à Cuba ? Si il entend marcher dans leurs pas, et accéler la libéralisation de l'île, Miguel Diaz-Canel s'est par exemple montré plus ouvert sur la liberté de la presse. Mais s'il prend bien le pouvoir en 2018, il devra composer avec celui de l'armée. 


Selon certaines estimations, c'est elle qui contrôle les deux tiers des entreprises privées florissantes du pays, non seulement les gros morceaux de l'industrie touristique, mais aussi les banques, l'immobilier, des restaurants ou encore des stations-service. "Quand Raul Castro est le président, oui, le président dirige Cuba", a déclaré au Miami Herald Jaime Suchliki, directeur de l'Institut des études cubaines et cubano-américaines de l'Université de Miami. "Quand Raul Castro ne sera plus président, ce sera une autre affaire. Díaz-Canel n'a pas de chars ni de troupes". Reste donc à voir quelle serait la réalité de son pouvoir, et s'il ne se retrouverait pas réduit à un rôle de marionnette. 

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