Mort de George Floyd : d'où vient ce geste du "genou à terre" des manifestants ?

Genou à terre : le symbole d'une contestation
International

PROTESTATION - Depuis la mort de George Floyd la semaine dernière, nouveau drame symbole du racisme systémique et des violences policières aux États-Unis, un geste revient parmi les manifestants : poser son genou à terre. Une posture rendue populaire en 2016 par un joueur de football américain Colin Kaepernick.

C'est un geste qui met Donald Trump hors de lui. Poser un genou à terre pour se révolter en silence. Cette posture, tout sauf anodine, est reprise en chœur par les manifestants pour protester contre les brutalités policières et le racisme enraciné dans la société, après la mort de George Floyd, un Noir américain de 46 ans mort asphyxié le lundi 25 mai lors de son arrestation à Minneapolis. De Philadelphie à Seattle, en passant par New York et évidemment Minneapolis, point de départ de la contestation, les manifestants mettent un genou à terre pour témoigner leur soutien à la cause défendue. 

Ce signe de ralliement trouve son origine à l'été 2016. Colin Kaepernick, ancien quarterback des San Francisco 49ers, en est l'instigateur. Marqué par les meurtres d'hommes noirs par des policiers blancs, il s'agenouille pendant l'hymne national, affront dans un pays qui vénère ses symboles nationaux, pour dénoncer les violences policières et l'acquittement des officiers mis en cause dans ces bavures, à l'image des policiers de Baltimore impliqués dans la mort de Freddie Gray en 2015. "Je ne vais pas me lever pour démontrer ma fierté envers le drapeau d'un pays qui opprime les Noirs et les personnes de couleur", explique-t-il alors. "Cela va au-delà du football et ça serait égoïste de ma part de détourner le regard. Il y a des cadavres dans les rues et des gens qui prennent des congés payés et s'en sortent après avoir tué."

"Ce genou à terre, c'est un symbole fort"

Avant d'adopter cette posture, dite "Take a knee", "Kap" est resté assis dans son coin, en retrait, pendant que retentissait le "Star Spangled Banner". Une attitude perçue comme offensante envers les patriotes et les vétérans. Conseillé par un ancien Béret vert, Nate Boyer, le footballeur américain change alors la forme de sa protestation. Plutôt que de rester assis, il choisit de poser un genou à terre pour apaiser les esprits. "Je lui ai dit que c'était un pas dans la bonne direction, et que ça montrait aux gens qu'il ne voulait manquer de respect à personne. Il ne s'agissait pas de renoncer à son combat, mais de ne pas blesser gratuitement. Ce genou à terre, c'est un symbole fort", raconte le vétéran. "Nous, militaires, effectuons aussi ce geste en marque de respect à nos frères qui sont tombés au combat, devant leur tombe."

Sous cette nouvelle forme, le geste de Kaepernick trouve un autre écho. La protestation symbolique s'étend rapidement hors des stades et empreigne la société américaine, des salles de concerts aux plateaux de tournage en passant par le Sénat américain. Barack Obama apporte son soutien au quarterback des 49ers, contrairement à Donald Trump qui s'égosille pour demander aux franchises de la NFL de "virer" les joueurs qui dénoncent le racisme et les discriminations contre les Noirs américains pendant l'hymne national. "Quand des joueurs manquent de respect à notre drapeau, n'aimeriez-vous pas voir les propriétaires dégager ces fils de pute ?", lance-t-il depuis un meeting dans l'Alabama. 

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À mesure que le mouvement prend de l'ampleur, d'autres sportifs lui emboîtent le pas. Mais, douze mois plus tard, le "héros" devient un indésirable, un paria. Arrivé au bout de son lucratif contrat avec San Francisco à la sortie de l'hiver dernier, "Kap" se retrouve sans équipe et n'en retrouvera plus jusqu'à aujourd'hui. Écarté par peur qu'il ne devienne une distraction, que la folie médiatique prenne le pas sur le jeu, le milieu le place sur une liste noire. Toutefois, la révolution kaepernicienne continue en coulisses. Le mouvement politique "Black Lives Matter" s'empare de son geste et le reproduit à chaque rassemblement.

L'ombre de Martin Luther King

Symbole fort de protestation silencieux, ce genou à terre résonne aussi comme une allusion indirecte à Martin Luther King. En 1965, le pasteur afro-américain avait posé son genou gauche au sol à Selma, en Alabama, lors d'une manifestation pacifique avec des Noirs américains se battant pour faire respecter leur droit de vote. Après l'arrestation d'un groupe d'environ 250 personnes pour avoir défilé sans permis, le leader des droits civiques outre-Atlantique s'était agenouillé, le temps d'une prière.

Aujourd'hui, alors que les États-Unis sont en proie à un déferlement de colère historique après le décès de George Floyd, mort sous le genou d'un policier blanc, avec des manifestations et des émeutes dans des dizaines de villes, la posture "Take a knee" revêt en cette situation d'une valeur d'autant plus symbolique. 

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Cette marque de protestation, chère aux contestataires, est par ailleurs reprise massivement par les forces de l'ordre à travers le pays, en signe de solidarité et de respect. À Seattle, New York ou encore Washington, plusieurs agents de police ont solennellement posé leur genou au sol. Une manière aussi pour eux de fraterniser avec les manifestants dans une Amérique meurtrie. Une fois de plus, une fois de trop.

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