Moscou : des centaines de manifestants arrêtés ce week-end, dans un contexte électoral tendu

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DROITS DE L'HOMME - La police russe a arrêté 1.373 personnes qui manifestaient samedi à Moscou pour des élections libres, selon un bilan donné dimanche par l'ONG OVD-Info. La France et l'Allemagne ont réclamé leur libération. De son côté, le Parquet russe réclame plus de "sévérité" en cas de nouvelle manifestation non autorisée.

Du jamais vu depuis 2012 et la fronde contre le retour au Kremlin de Vladimir Poutine. Une vague d’arrestation s’est déroulée le week-end dernier à Moscou, la police interpellant 1.373 individus parmi environ 20.000 personnes qui manifestaient pour des élections libres, selon un bilan donné par OVD-Info. Selon cette ONG spécialisée dans le suivi des manifestations, plusieurs dizaines d’entre eux sont encore derrière les verrous ce mardi. Un recours à la force orchestré par Vladimir Poutine, qui semble redouter le verdict des élections prévues en septembre.

Selon OVD-Info, au moins 265 manifestants ont passé la nuit de samedi à dimanche en détention dans l’un des quelques postes de police du centre de la capitale. D’après l’ONG, 152 ont passé la nuit au poste et devaient rester en détention jusqu’à ce lundi. Des comparutions immédiates ont eu lieu lundi pour plusieurs d’entre eux, certains écopant de plusieurs jours de détention, d’autres d’amendes. 

Mercredi dernier, l’opposant Alexeï Navalny, dont l'entourage dénonce une tentative "d'empoisonnement", avait été condamné à trente jours de prison pour avoir appelé à une manifestation non autorisée. 

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"Recours disproportionné à la force"

Autant de décisions de justice condamnées par plusieurs chancelleries. Lundi la France a appelé à leur libération rapide et exprime sa profonde préoccupation devant ces évolutions récentes", a indiqué le ministère français des Affaires étrangères. Même tonalité du coté de Berlin, où le gouvernement allemand attend la libération rapide des personnes arrêtées". "Ces détentions et le recours disproportionné à la force contre des manifestants pacifiques (...) portent une fois de plus gravement atteinte aux libertés fondamentales d'expression, d'association et de réunion", a déclaré la porte-parole de la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

L'Europe réagit, mais la Russie se raidit. Mardi, le Parquet russe a appelé à réagir "avec sévérité" aux manifestations non autorisées. "La justice doit mettre un terme avec sévérité à toute action des organisateurs d'actions publiques illégitimes et non autorisées et de leurs participants", a ainsi déclaré le vice-procureur général Alexandre Bouksmann, cité par l'agence de presse Ria Novosti. 

Si les autorités russes jouent la carte de la sévérité, c’est qu’elles sont déterminées à tuer dans l'œuf toute contestation liée aux élections locales du 8 septembre. Des élections auxquelles de nombreuses figures de l’opposition voudraient participer, mais dont bon nombre de candidatures ont d'ores et déjà été rejetées.

"Le pouvoir est parano"

Les candidats indépendants étaient en effet censés obtenir les signatures d'au moins 3% des membres du corps électoral dans la circonscription où ils se présentaient. Mais la commission électorale a rejeté la candidature de toutes les figures de l'opposition ayant franchi cet obstacle, arguant d'irrégularités dans la collecte de leurs signatures. "Les gens essayent de participer à des élections municipales et en réaction on voit des menaces, arrestations, poursuites judiciaires, interrogatoires,  perquisitions... Le pouvoir est parano", a dénoncé sur Facebook Ilia Iachine, dont la candidature à Moscou a été rejetée. "C'est pour nous faire peur. N'ayez pas peur !" Au total, l'enregistrement d'une soixantaine de candidats aux élections locales à Moscou a été rejeté la semaine dernière, officiellement en raison de vices dans la collecte des signatures de soutien dont ils ont besoin pour se présenter.

Si le pouvoir tente d'empêcher l'opposition de s'inviter aux scrutins, c'est que la popularité du président russe - exceptionnellement élevée après l'annexion de la Crimée - a chuté depuis sa réélection pour un quatrième mandat l'année dernière. Et les scrutins de début septembre s'annoncent difficiles pour les candidats partisans du pouvoir.

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