Mur entre le Mexique et les Etats-Unis : pourquoi cela pourrait coincer pour Trump

OBSTACLE – Si Donald Trump a signé mercredi le décret lançant le projet de construction d’un mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, l’affaire pourrait s’avérer complexe à réaliser. Comme le montre le Washington Post, plusieurs écueils, juridiques comme logistiques, semblent difficiles, sinon impossibles, à éviter.

À peine validé sur les registres de l'administration, le mur de Donald Trump finira-t-il par être enterré ? C'est une possibilité réelle. Si le président américain a bel et bien signé mercredi le décret lançant le projet de construction d’une muraille à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, l’affaire pourrait en effet s’avérer (très) complexe à réaliser et à rendre efficace. 


Et pour cause : outre le fait que le Mexique refuse catégoriquement de participer à son financement (Donald Trump a fait monter jeudi encore un peu plus la tension avec le président du pays, Enrique Peña Nieto, en lui conseillant d'annuler sa visite prévue dans cinq jours à Washington s'il n'acceptait pas de payer le mur), estimé entre 15 et 25 milliards de dollars, plusieurs écueils, mis en lumière par le Washington Post, semblent difficiles à éviter. Le quotidien, qui a envoyé deux reporters sillonner l’ensemble de la frontière à la rencontre des habitants, montre que la promesse de campagne la plus emblématique du milliardaire devrait faire face des obstacles majeurs, sinon insurmontables. 

Terrains privés et zones inconstructibles

Premier accroc, et non des moindres, certains passages des quelque 3200 kilomètres allant du Pacifique au golfe du Mexique sont particulièrement peu propices aux travaux. Donald Trump n’a pas encore précisé si le futur mur sera érigé sur l’ensemble de la frontière (sachant qu'il existe déjà sur une partie). Mais plusieurs zones naturelles accidentées sont tout simplement inconstructibles. Comme le souligne le Washington Post, c’est le cas par exemple des montagnes du parc national de Big Bend ou du réservoir d’Amistad Dam, sur le Rio Grande, deux lieux situés au Texas. 

Si Donald Trump venait survoler la frontière, juste au Texas, il réaliserait que c’est infaisableByron Hedges, un habitant du Texas dubitatif quant au projet de mur

"Si Donald Trump venait survoler la frontière, juste au Texas, il réaliserait que c’est infaisable. C’est une région bien trop rude", estime ainsi Byron Hedges, un pêcheur habitué à la topographie accidentée du Lone Star State (l’Etat de l’étoile solitaire, ndlr) rencontré par les journalistes. 


Nos confrères rappellent par ailleurs qu’au Texas la plupart des terrains situés à la frontière appartiennent à des particuliers, contrairement aux trois autres Etats frontaliers du Mexique (Californie, Arizona et Nouveau-Mexique) où le gouvernement américain est propriétaire des lieux. Une particularité qui date de 1845, au moment où le Texas a été rattaché aux Etats-Unis. Elle pourrait contraindre l’administration Trump à se lancer dans une longue bataille judiciaire. 

Des migrants toujours plus déterminés

Mais au-delà de ces obstacles juridiques et logistiques, et quand bien même le mur serait finalement érigé, un autre écueil apparaît déjà comme une limite à l’efficacité de la mesure : celui de la détermination toujours plus grande des migrants en quête d’une vie meilleure aux Etats-Unis. 


Selon les chiffres du Haut commissariat de l’Onu pour les réfugiés (UNHCR), les demandeurs d’asile venus du Salvador, du Guatemala ou du Honduras, sont ainsi cinq fois plus nombreux à avoir tenté l'exil depuis 2012. Les chiffres de l’US Border Patrol, l’agence chargée de surveiller la frontière, montrent également que près de 60.000 enfants venus du Mexique ou des trois pays précédemment cités ont été arrêtés en 2016, contre un peu moins de 38.000 en 2013. 


"Mon avis à propos de ces clôtures, à propos de ces obstacles qu’ils placent, c’est que peu importe combien de barrières ils installeront, ils ne nous arrêteront pas", souligne ainsi Ramon Reyes, un émigré guatémaltèque interrogé par le Washington Post. Pour mieux illustrer la détermination des migrants, le quotidien rappelle cette phrase prononcée par Janet Napolitano, l’ancienne ministre de la Sécurité intérieure (2009-2013) de Barack Obama : "Montrez-moi un mur de 50 pieds, je vous montrerais une échelle de 51 pieds."  

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