Berlin, 1989-2019 : "The Wall", brique par brique

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Berlin, histoire(s) d’un Mur

MYTHIQUE - Qui dit "chute du mur de Berlin", dit "The Wall", l’album de Pink Floyd, rejoué en 1990 dans la capitale allemande le temps d’un concert mémorable. Histoire d’un culte construit brique par brique.

Demandez à quel repère culturel la chute du mur de Berlin est assimilée, beaucoup vous répondront l'opéra-rock The Wall des Pink Floyd. Pas seulement parce que The Wall en anglais signifie "Le Mur", mais bien en référence à ce concert organisé le 21 juillet 1990 sur la Potsdamerplatz de la capitale allemande, avec comme dessein le financement d’un projet caritatif. 

Des vidéos disponibles sur YouTube donnent à mesurer l’ampleur. Sur scène, surgissent les deux maires de Berlin, Tino Schwerzina (Est) et Walter Momper (Ouest) qui, ensemble, donnent le coup d’envoi de cette relecture d’un album connu de tous, vendu à près de vingt millions d'exemplaires depuis sa sortie en 1979. Roger Waters, le leader des Pink Floyd, y apparaît entouré de vedettes internationales comme Joni Mitchell, Cyndi Lauper, Albert Finney, Van Morrison, Bryan Adams, Sinead O'Connor, Scorpions ou encore Marianne Faithfull. 

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Et un pan de mur long de 168 mètres et haut de 25 mètres, tout en briques de polystyrène, se révèle sur le point d’être détruit. Une performance spectaculaire estimée en son temps à plus de 40 millions de francs, ayant réuni plus de 200.000 spectateurs.

Rien à voir avec le Mur

Comment expliquer la genèse d’un tel concert ? Pour l’écrivain Pierre Mikaïloff, sollicité par LCI, "il s’agissait effectivement d’un symbole fort que d’interpréter The Wall, en 1990, à Berlin, sur les lieux mêmes de la ligne de démarcation". Mais, toujours selon l’écrivain, il y a une méprise avec le sens réel de l’album The Wall de Pink Floyd, "qui ne parle pas du tout du mur de Berlin". En réalité, ce mur se trouve dans la tête de Roger Waters, le leader du groupe. C’est lui qui a signé la totalité des textes et les deux tiers de la musique. Il y racontait alors la descente aux enfers de Pink, un ado rock-star atomisé par la vanité et les illusions du star-system, qui cherche désespérément à faire exploser le mur érigé autour de lui par une société répressive. 

Le résultat est aussi intime qu’universel. Intime car s’y expriment des implications personnelles : Waters rend hommage au père musicien Eric Fletcher Waters, mort alors qu’il n’avait qu’un an, au combat lors de la Seconde Guerre mondiale. Et avec ce deuil, cette perte avec laquelle il a dû vivre, il a grandi avec cette impression d’avoir bâti un mur entre lui et le reste du monde. A cela, se greffent l’éducation aliénante d’une mère surprotectrice et la tyrannie de ses peu tendres professeurs – le fameux 'We don't need no education/Teachers leave them kids alone' ("Nous n'avons pas besoin d'éducation/Professeurs laissez les enfants tranquilles") du morceau Another Brick In The Wall.

Et universel car, au-delà du conflit de 1939-1945, Waters y dénonce d’autres guerres, d’autres murs. Ces conflits ayant agité le monde ces cinquante dernières années et leurs conséquences délétères sur l’humain, victimes directes ou collatérales.

Pink Floyd envisage alors une série de concerts The Wall avec la perspective d’un spectacle qui en mettrait plein les yeux et une musique en quadriphonie qui en mettrait plein les oreilles, avec en son centre un gigantesque mur sur  scène, assemblé brique par brique pendant la première partie, puis démoli à la fin. Le groupe commence sa tournée en 1980 dans quelques villes, mais c’est de courte durée : la technologie d'alors révélant des limites et l’ambition se révélant par trop onéreuse. Le projet renaîtra alors autrement, deux ans plus tard, dans un film fabuleux, culte, réalisé par Alan Parker. Si les références au nazisme y sont nombreuses, toujours rien quant à la muraille berlinoise. 

Rattrapé par une plaisanterie

Après le film de 1982, le groupe connait de multiples vicissitudes, comme le confirme Pierre Mikaïloff : "Les Pink Floyd se sont séparés en 1985, Waters a entamé une carrière solo et a commencé à prolonger l’existence de The Wall sous différentes formes. Le concept sera plus tard décliné en opéra et en concerts-événements. The Wall est l’œuvre de sa vie, comme Tommy et Quadrophenia pour Pete Townshend, le leader des Who."

Mais qu’est-ce qui a mené Waters à Berlin ? La réponse se trouve dans une dans l’hebdomadaire Radio Times, datée du 25 mai 1990 : "Il y a quelques années, Red Beard, animateur station de radio à Dallas, m’a interviewé. A la fin de l’entretien, il me demande : 'voudriez-vous faire The Wall en concert à nouveau ?'. Et j’ai répondu : 'Non'. Il m’a demandé pourquoi et j’ai répondu que c’était un gouffre financier et, par ailleurs, une attaque partielle sur l’avidité inhérente aux concerts de rock dans les stades et qu’ainsi, ce serait une erreur de refaire The Wall dans les stades. Il m’a dit : 'Oh, ce serait dommage.' Et j’ai répondu : 'Eh bien, je le ferai uniquement le jour où le mur de Berlin tombera." 

C’est de cette plaisanterie, largement reprise dans les médias notamment le Hollywood Reporter et le Daily Mail, qu’est alors née l’idée de ce qui devait, à l’origine, être un concert de charité : le Memorial Fund for Disaster Relief, organisation caritative fondée par Leonard Cheshire, pilote britannique décoré durant la Seconde Guerre mondiale devenu ensuite philanthrope, avait besoin d’un événement pour attirer l’attention sur son combat. Waters accepte un rendez-vous avec l’instigateur, assure qu’il fera tout pour les aider. C’était peu de temps avant la chute du mur de Berlin. 

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