"Muslim Ban", protectionnisme... Trudeau et Trump, le choc des contraires

CORDIAL - Le président américain et le Premier ministre canadien se sont rencontrés, ce lundi à la Maison Blanche, alors que les deux leaders nord-américains s'opposent sur deux sujets majeurs : le libre-échange et l'immigration.

Donald Trump a accueilli ce lundi Justin Trudeau, faisant du Premier ministre canadien le troisième dirigeant étranger reçu à la Maison Blanche. Choix politiques, gouvernance, style, tout sépare l'ultra-conservateur président américain et le très progressiste chef du gouvernment canadien, de 25 ans son cadet.


La rencontre s’annonçait délicate pour Justin Trudeau qui comptait esquisser un compromis sur le libre-échange, tout en faisant entendre ses divergences d’opinion sur le climat ou l’immigration. Si l’on était bien loin de la complicité affichée il y a un an lors de la rencontre entre le Premier ministre et Barack Obama, cette première entrevue s’est finalement déroulée sans accroche, les deux chefs de gouvernement soulignant leurs divergences tout en évitant de se critiquer ouvertement. Au cœur de leurs discussions : l’économie et l’immigration.

Politique migratoire : tout et son contraire

Donald Trump est actuellement sous le feu des critiques pour avoir promulgué, le 27 janvier dernier, un décret interdisant l’accès aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane. Si cette décision est actuellement bloquée par la justice, le président a tâché de défendre son point de vue. "Nous devons laisser entrer les personnes qui peuvent aimer notre pays", a-t-il reconnu, "mais nous ne pouvons pas laisser les mauvaises personnes entrer" aux Etats-Unis, a-t-il poursuivi, les qualifiant même de "très grands criminels". "Je ne laisserai pas ceci arriver sous mon administration. Les gens, les citoyens de notre pays veulent cela [...]. C'est une posture de bon sens."


La posture de Justin Trudeau est bien différente. Le Canadien, qui s'est mis en scène à de multiples reprises accueillant des primo-arrivants sur son territoire, avait déjà réagi, dès la promulgation du décret, en promettant d'accueillir dans son pays "ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre [...] indépendamment de (leur) foi". Ce lundi, il a réitéré cette volonté d’ouverture des frontières, soulignant que cette approche était parfaitement faisable "sans compromettre (la) sécurité". Le Premier ministre a rappelé que le Canada avait "accueilli près de 40.000 Syriens en un an" et a indiqué qu’il comptait bien continuer à le faire.


Mais Justin Trudeau s’est bien gardé de froisser Donald Trump et de commenter sa politique migratoire. "La dernière chose que les Canadiens attendent de moi est que je vienne donner des leçons à un autre pays", a-t-il expliqué.

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Poignée de main entre Justin Trudeau et Donald Trump

Relation commerciale : c'est flou

En venant à la Maison Blanche, il souhaitait surtout obtenir des réponses quant à leurs relations économiques. Le président américain qui a déjà décrété la suspension de l'accord de libre-échange transpacifique, s'était en effet engagé à renégocier l'Accord de libre-échange d'Amérique du Nord (Alena) conclu par Washington, Ottawa et Mexico, et entré en vigueur en 1994, pour le rendre plus favorable aux entreprises américaines. "Nous avons une relation commerciale extraordinaire avec le Canada. Nous allons l'ajuster", a balayé celui qui, pour l'instant, a surtout visé le Mexique dans ce partenariat tripartite. "La situation est bien moins grave que celle de la frontière sud. A la frontière sud, cela fait des années que la transaction n'est pas équitable pour les Etats-Unis."


De quoi rassurer le très libéral Justin Trudeau, qui, malgré ses déclarations d'intentions environnementales, avait déjà salué la relance du projet d'oléoducs de Keystone XL, reliant le Canada et les Etats-Unis, en janvier dernier. Ce dernier n'a toutefois pas caché que le projet de renégociation de l’Alena est "une réelle inquiétude pour de nombreux Canadiens" notamment à cause de leur interdépendance, soulignant que "des millions d'emplois" en dépendent des deux côtés de la frontière. Les échanges bilatéraux représentant 75% des exportations canadiennes. Le Canada est également la première destination à l'export de 35 Etats américains.

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