Pourquoi l'Arménie et l'Azerbaïdjan sont à nouveau au bord de la guerre ?

Un tank azerbaïdjanais détruit par les forces arméniennes dans la région Nagorny Karabakh / Publié par le ministère arménien de la défense.
International

POUDRIÈRE - Depuis plusieurs jours, la région du Nagorny Karabakh, disputée par l'Arménie et l’Azerbaïdjan, est au cœur d'une nouvelle escalade qui inquiète la France et l'Europe. Pourquoi ce conflit latent qui a éclaté il y a plus de 30 ans s'est-il soudain ravivé ? On vous explique.

La région du Nagorny Karabakh est une nouvelle fois sur le point de basculer dans la guerre. Depuis plusieurs jours, de violents échanges de tirs ont lieu à la frontière entre l'Azerbaïdjan et sa province sécessionniste soutenue par l'Arménie. De nombreuses victimes - civiles et militaires - sont signalées dans les deux camps.  L'Arménie craint une "guerre d'envergure" aux "conséquences imprévisibles". Pourquoi cette région d'Asie centrale, s'est-elle à nouveau embrasée ? D'où viennent ces tensions ? Et quelle conséquence peuvent-elles avoir ?  Éléments de réponse. 

D'où vient le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ?

Le Nagorny Karabakh - province d’Azerbaïdjan dont la population est arménienne et russophone - a  été le théâtre d'une guerre au début des années 1990 qui a fait 30.000 morts. Un conflit qui prend racine un siècle plus tôt lors de la guerre civile ayant suivi la révolution bolchevique en 1917.  Plus récemment, des violences interethniques éclatent entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, en 1988, alors que ils font encore partis de l'URSS. En 1991, la région du Nagorny Karabakh, que les deux pays veulent s'approprier, proclame son indépendance. Suite à la chute de l'URSS, l'armée soviétique quitte la région. Mais, l'escalade se poursuit avec notamment deux offensives arméniennes en 1992 et 1993. La guerre s'étale jusqu'en 1994 et se solde par un cessez-le-feu instable, négocié par la Russie.  Au total, de 1988 à 1994, le conflit a fait 30.000 morts et des millions de déplacés. Depuis, Bakou veut en reprendre le contrôle. Cette zone frontalière reste l'une des plus militarisées en Eurasie. Les pourparlers de paix sont dans l'impasse et ce malgré une tentative de "règlement pacifique" du conflit en 2008. 

Pourquoi le conflit a-t-il repris ?

A plusieurs reprises, depuis la fin de la guerre,  les tensions dans la région se sont ravivées. En 2014, les forces azerbaïdjanaises ont ainsi abattu un hélicoptère militaire arménien. En 2016, de nouveaux heurts armés ont failli dégénérer en guerre, avec 110 morts. Et l'escalade de ces derniers jours ? Pour Olesya Vartanyan, experte du International Crisis Group, cette reprise des attaques s'explique notamment par l'absence d'une  médiation internationale active. "Depuis le coronavirus, le conflit a été négligé, sans que des diplomates  se rendent à Bakou et à Erevan même après les affrontements de juillet",  a-t-elle regretté. Bakou a profité de ses réserves de pétrole pour  dépenser largement en matière d'armement ces dernières années, avec l'accord d'Ankara .

Quelle est la situation actuelle ?

Suite à la reprise du conflit armé ce dimanche et en réponse à ce qu'il a qualifié d'offensive d'ampleur de l’Azerbaïdjan, le dirigeant du Nagorny Karabakh, Araik Aroutiounian, a décrété "la loi martiale et la mobilisation générale pour les plus de 18 ans." Soutenu par l'Arménie, son premier ministre, Nikol Pachinian, a appelé la population à "être prête à défendre la partie sacrée." Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, a rétorqué en promettant la victoire dans les combats face aux forces arméniennes. "L'armée azerbaïdjanaise combat aujourd'hui sur son territoire, défend son intégrité territoriale, porte des coups dévastateurs à l'ennemi. Notre cause est juste et nous allons vaincre", a-t-il lancé. La Turquie a exprimé son "soutien total" à l’Azerbaïdjan. Erevan met en garde contre cette ingérence jugée "agressive". 

Au moins 39 personnes sont mortes en 24 heures dans les combats opposants séparatistes du Nagorny Karabakh, soutenus par l'Arménie, avec l'Azerbaïdjan, selon des bilans annoncés ce lundi.

Quelle est la position de la France ?

Face à l'escalade des menaces entre les dirigeants arménien et azerbaïdjanais, la communauté internationale a immédiatement réagi. La France, médiatrice du conflit avec la Russie et les Etats-Unis, et rejoint par le Conseil européen, a appelé à un "cessez-le-feu de toute urgence" et "au retour immédiat aux négociations." Dans un communiqué de presse du ministère des affaires étrangères, la France s'est dite "vivement préoccupée par les affrontements d'ampleur en cours au Karabakh", appelant les belligérants à "reprendre le dialogue". Paris "avec ses partenaires russe et américain réitère son engagement en vue de parvenir  à un règlement négocié et durable du conflit" dans cette région "dans le respect du droit international."

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Le rôle décisif de l'Iran, de la Russie et de la Turquie

Derrière les enjeux locaux se cachent un bras de fer entre plusieurs puissances régionales. La Russie et l'Iran, qui soutiennent l'Arménie, et la Turquie, qui soutient l’Azerbaïdjan, s'inscrivent dans des logiques de concurrence militaire. La Russie, qui a aussi appelé à mettre fin aux hostilités, a d'ailleurs exprimé "sa sérieuse inquiétude en lien avec la reprise de combat à grande échelle." L'Iran, lui, a proposé une médiation dès dimanche. 

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