Naufrages de migrants en Méditerranée : vers un nouvel été meurtrier ?

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DÉCRYPTAGE - Les naufrages se multiplient entre l'Italie et la Libye, où des milliers de migrants continuent chaque jour de prendre la mer. Plus de 6.500 migrants ont ainsi été secourus entre vendredi et dimanche. Des chiffres source d'inquiétude à l'approche de l'été et d'un afflux sans doute encore plus massif de malheureux.

Vers un nouveau drame estival ? A la faveur d'un temps plus clément, la Méditerranée redevient ces jours-ci le théâtre d'une mortelle migration : pour le seul week-end du 6 et 7 mai, au moins onze migrants sont morts, et 230 autres sont portés disparus. Au total, plus de 1.000 personnes sont mortes depuis janvier. Un bilan qui, cette année encore, laisse craindre le pire entre l'Italie et la Libye durant les mois à venir. Et ce, même si le trafic a évolué au fil des ans. Explications.

Des embarcations de plus en plus fragiles

Jusqu'en 2014, les passeurs transportaient les migrants à bord de "bateaux-mères" et les faisaient descendre dans de plus petites embarcations près des eaux italiennes. Mais avec Mare Nostrum, la vaste opération de secours lancée de façon éphémère par Rome fin 2013, l'Italie a commencé à appréhender les passeurs dans les eaux internationales. Cantonnés aux eaux libyennes, ces derniers ont dû envoyer des embarcations qu'ils renonçaient à récupérer.


En conséquence, les trafiquants mettent surtout désormais à l'eau des canots pneumatiques toujours plus dangereux. En 2015, les garde-côtes italiens ont compté 676 canots, dont 80 % avec un téléphone satellitaire pour appeler à l'aide, et une moyenne de 103 passagers. En 2016 : 1.094 canots dont 45 % avec un téléphone, une moyenne de 122 passagers, et des passeurs qui récupèrent parfois le moteur à la limite des eaux internationales.

Secours : des ONG incontournables…

En 2014, 71 % des migrants avaient été secourus par la marine et les gardes-côtes italiens, et 24 % par les cargos commerciaux. Mais, faute de soutien européen pour une opération régulièrement qualifiée de "pont vers l'Europe", Mare Nostrum a cessé fin 2014. Face à la multiplication des naufrages, l'UE s'est finalement impliquée : via l'opération Triton de l'agence de contrôle des frontières Frontex, ainsi que l'opération navale anti-passeurs Sophia. Marine et gardes-côtes italiens représentent aujourd'hui 40 % des secours, Sophia 13 % et Frontex 7,5 %, selon les gardes-côtes italiens. 


Le reste des opérations ainsi assuré par les ONG : d'abord les Maltais du Moas en 2014 puis Médecins sans frontières (MSF) en 2015, jusqu'à une dizaine de bateaux aujourd'hui. Les plus gros ont secouru 26 % des migrants en 2016, prenant de facto la place des cargos (passés à 8 %), tandis que les plus petits assurent la distribution de gilets et les soins d'urgence le temps qu'un gros bateau arrive. 

… mais critiquées par les autorités italiennes

Ces ONG sont pourtant dans le collimateur du procureur de Catane, Carmelo Zuccaro. Il a récemment affirmé que plusieurs interventions de leurs navires avaient eu lieu avant même que les migrants aient demandé de l'aide, ce qui indique, selon lui, d'éventuels contacts préalables entre passeurs et ONG. "Nous faisons l'objet d'une attaque politique, probablement parce que nous donnons une voix à ceux que nous sauvons en mer et parce que nous pointons le doigt sur l'échec de l'Europe à répondre" à cette crise, s'est défendu Médecins sans frontières (MSF).

La Libye devenue un fief pour les passeurs

Au total, près de 550.000 migrants sont arrivés en Italie entre 2013 et 2016, et 37.000 depuis le début de l'année. Selon les estimations de Sophia, certaines zones côtières libyennes tirent 50% de leurs revenus de ce trafic : un canot avec 100 passagers peut rapporter jusqu'à 67.000 euros, un bateau en bois avec 400 personnes jusqu'à 380.000 euros. Frontex, évalue le chiffre d'affaires total des trafiquants entre 4 et 6 milliards d'euros.

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