Navires bloqués en Antarctique : Pourquoi une telle galère ?

Navires bloqués en Antarctique : Pourquoi une telle galère ?

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INTERVIEW – Les autorités australiennes ont annoncé ce mercredi que le MV Akademik Chokalskiï s'est libéré des glaces. Il était bloqué depuis Noël et ses passagers avaient été évacués le 2 janvier par un brise-glace chinois, lui aussi coincé dans les glaces.

L'opération de sauvetage en Antarctique est terminée. Les autorités australiennes de secours en mer (Amsa) ont annoncé mercredi que le navire scientifique russe MV Akademik Chokalskiï, piégé au Pôle sud depuis Noël , avait enfin pu se dégager. Le 2 janvier, ses 52 passagers avaient été évacués par hélicoptère grâce au Xue Long, un brise-glace chinois qui lui aussi s'était retrouvé coincé dans la glace. Il a néanmoins pu se libérer dans la journée de mardi . Comment a-t-on pu arriver à un tel embroglio ? Patrice Godon, chef de la logistique à l'Institut polaire français Paul-Emile Victor (IPEV) et basé à la station Dumont-d'Urville (à environ 200 kilomètres du MV Akademik Chokalskiï) apporte pour metronews quelques éléments de réponse.

Comment est-on arrivé à cette situation ?
Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il existe deux types de glace. La banquise qui est entière et qui ne bouge pas. Et ce qu'on appelle le "pack", composé de morceaux de glace à la dérive, un peu comme une rivière charriant des glaçons mais à plus grande échelle. Poussé par les vents, le pack peut se déplacer à une vitesse de 3-4 noeuds (soit environ 7 km/h). En dix heures il peut couvrir une cinquantaine de kilomètres. Il est probable que le MV Akademik Chokalskiï a été victime d'un revers de vent qui a poussé le pack vers le bateau russe. Le commandant ne s'en est pas aperçu à temps et le bateau s'est retrouvé piégé. Or ce dernier, n'étant plus manœuvrant, était, semble-t-il, entraîné vers un iceberg, d'où le SOS du capitaine.

Que s'est-il passé ensuite ?
L'Amsa a relayé l'appel à l'aide du commandant et les navires à proximité se sont portés au secours du navire russe, en vertu des règles du droit international qui obligent à intervenir. L'Astrolabe [navire polaire appartenant à l'Institut] qui remontait vers l'Australie lors de son voyage de retour, a dû faire demi-tour mais il n'a pas pu pénétrer dans le pack.

Et pourquoi ?
L'Astrolabe est un navire polaire et non un brise-glace. Il y a une différence de puissance de 1 à 10 entre les deux, ce qui fait que le premier ne peut s'aventurer dans des endroits où la glace est trop dense, comme dans la zone où était bloqué le MV Akademik Chokalskiï. En revanche, le Xue Long, le navire chinois qui a héliporté les passagers, étant un brise-glace, a décidé de s'aventurer dans le pack. Malheureusement, le commandant a sans doute été un peu trop confiant dans les capacités de son vaisseau et celui-ci a, à son tour, été piégé. Un brise-glace américain est alors intervenu en renfort.

Quel est l'impact sur les expéditions scientifiques ?
L'Astrolabe, comme le Xue Long, est un navire destiné à ravitailler les bases du Pôle sud, même s'il peut parfois participer à des expérimentations scientifiques. Dans notre cas, avec le détournement de l'Astrolabe, nous avons perdu une semaine. Mais les Australiens ont écopé de deux semaines de retard et les Chinois de 3 semaines, ce qui n'est pas rattrapable compte tenu de la brièveté de l'été en Antarctique, seule période favorable pour les expéditions.

Qui finance les opérations de secours ?
Lorsque l'on vient en aide à un navire en difficulté, c'est sur ses propres ressources. C'est une sorte de geste institutionnel de solidarité. A charge de revanche.

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