Non, des arbres n'ont pas été arrachés au Pakistan au nom de l'islam

Ces images ont été vues des millions de fois en ligne.
International

À LA LOUPE – Une vidéo tournée au Pakistan a été totalement détournée de son contexte par des comptes hostiles à l'islam. On y voit des habitants arracher des arbres tout justes plantés, mais leurs revendications n'ont rien de religieuses.

Une vidéo surprenante a émergé sur les réseaux sociaux, montrant un groupe d'hommes visiblement très remontés s'en prendre à de jeunes arbres tout juste plantés. Les végétaux sont arrachés, tandis que les messages qui accompagnent cette séquence nous indiquent que la scène a été tournée au Pakistan.

Pourquoi une telle action ? Un tweet publié en anglais et visionné plus de deux millions de fois livre une explication. En marge d'un projet lancé à l'échelle nationale par les autorités et visant à planter des milliers d'arbres, la foule aurait entrepris ces déracinements en le justifiant par le fait que ce serait "contraire à l'islam". Un message ensuite traduit par des internautes en français, contribuant à propager cette version des faits. "C'est ça le Pakistan et le salafisme", s'indigne un internaute visiblement peu au fait des revendications réelles de la population locale.

Des querelles communautaires

Contraire à l'islam ? Si cet argument prêté aux manifestants nourrit une islamophobie à peine dissimulée sur les réseaux sociaux, les faits contredisent ces affirmations. Pour mieux comprendre les raisons de la colère de ces habitants, il faut se pencher sur le compte-rendu des événements dressé par la presse locale. 

La chaîne de télévision Samaa, basée à Karachi, a indiqué que "certains habitants de Passe de Khyber ont délibérément déraciné des arbres plantés par le gouvernement dans le cadre d'une campagne de plantation à l'échelle du pays". Pour quelle raison ? "Les hommes ont dit que l'administration avait planté ces arbres sur des terres contestées sans leur permission. Ils ont alors organisé une manifestation de protestation contre le gouvernement."

Le site Lead Pakistan, quant à lui, a précisé que "le député Iqbal Afridi a essayé de calmer les manifestants", mais que ces derniers "ne l'ont pas écouté". Un responsable de la police "a déclaré qu'il y avait un conflit entre deux groupes au sujet de terres appartenant à la tribu Sipah". L'un des groupes aurait en effet donné son autorisation pour la plantation, sans que l'autre ne soit consulté. Les autorités examineraient semble-t-il la situation afin d'engager une possible action en justice.

La presse relate que les images devenues virales de ces protestations ont pour les responsables communautaires locaux une dimension symbolique. "Les anciens et les membres de cette tribu ont exprimé leurs regrets pour cet incident et ont assuré l'administration du district de replanter tous les jeunes arbres déracinés par eux-mêmes, tout en promettant d'en planter volontairement d'autres à l'avenir", peut-on ainsi lire dans les comptes-rendus de ces événements. Une bonne volonté affichée qui s'est traduite par une autre séquence, bien plus apaisée, où l'on voit des hommes replanter les jeunes arbres déracinés.

En conclusion, s'il est vrai que des centaines d'arbres ont été déracinés au Pakistan, il est tout à fait mensonger d'affirmer que les hommes à l'origine de ces actions les ont revendiquées pour des motifs religieux, prétextant que cela serait contraire à l'islam. Il s'agissait en réalité d'une querelle entre deux communautés en marge d'une opération gouvernementale, l'une des parties déplorant de n'avoir pas été consultée pour décider de l'endroit où seraient plantés les arbres.  

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