Non, la Banque mondiale ne prête pas plus aux pays qui confinent davantage que les autres

La Banque mondiale, dirigée par David Malpass (ici au centre), ne réclame pas des états qu'elle aide la mise en place de mesures telles que le confinement.
International

TRANSPARENCE – Des publications assurent que la Banque mondiale chercherait à imposer le confinement à travers des prêts qu'elle consent aux Etats. Des affirmations fausses, basées sur des déclarations trompeuses (et mal interprétées) du président biélorusse Loukachenko.

En cette période de crise sanitaire, la Banque mondiale tente-t-elle d'imposer un confinement strict à des pays auxquels elle vient en aide ? C'est ce que suggèrent une série de publications relayées depuis le milieu de l'été sur les réseaux sociaux et qui continuent à se propager sur des groupes d'opposants au port du masque. 

Ces sites s'appuient sur la traduction d'un article en anglais, où est pris en exemple le cas de la Biélorussie, pays qui a fait le choix de ne pas imposer de confinement. Son président Viktor Loukachenko se serait ainsi opposé à des aides, jugeant inacceptables les conditions posées en contrepartie.

Aucun confinement imposé

Reprenons depuis le début. La Banque mondiale, dans un communiqué publié en mai dernier, annonçait apporter un soutien à 100 pays à travers le monde. Une série de prêts consentis dans le cadre de l'épidémie de Covid-19 et qui visent à accompagner les gouvernements dans leur lutte contre le virus. Les sommes avancées sont considérables : environ 160 milliards de dollars.

L'institution a-t-elle conditionné ces aides à l'application de mesures spécifiques ? En aucun cas. Sollicitée par LCI, la Banque mondiale explique que les accords de prêts sont publiés en toute transparence sur son site. Des documents signés notamment par les représentants des pays emprunteurs, et qui fixent avec précision les engagements des différentes parties. 

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Le prêt de 90 millions d'euros conclu avec les autorités biélorusses ne fait pas exception : il stipule par exemple que la somme doit permette "d'équiper, agrandir et/ou réhabiliter les unités de soins intensifs dans des établissements de santé", mais aussi de "fournir au personnel des laboratoires médicaux publics et des établissements de santé des équipements de protection médicale appropriés". Autre utilisation des fonds, aider "l'acquisition et la distribution […] d'ambulances fonctionnelles et d'équipements essentiels nécessaires à ces véhicules". Il n'est nulle part mentionné qu'un confinement est conditionné au versement de ces sommes.

De manière générale, on observe que la Banque mondiale ne s'immisce pas dans les décisions politiques des pays. Tout juste explique-t-elle soutenir des politiques de santé publique suivant les directives fixées par l'OMS. Elle se montre néanmoins très attentive quant à la manière dont l'argent versé est effectivement utilisé. Et n'hésite pas à mettre en place des procédures strictes. Dans le cadre du prêt accordé à la Biélorussie par exemple, 0,6% de la somme totale est dédié à financer un dispositif d'évaluation et de contrôle des fonds alloués, ainsi qu'à effectuer des études d'impact et des comptes-rendus.

Une confusion avec le FMI

À l'origine de ces informations trompeuses, on retrouve un article publié sur le site anglophone ZeroHedge, ayant lui-même repris un contenu initialement publié par un site indien nommé GreatGameIndia. Deux sources répertoriées comme peu fiables et coutumières des fakes news par la plateforme NewsGuard.

En étant traduites de l'anglais vers le français, ces publications ont par ailleurs déformé une partie du contenu, puisque les propos du président biélorusse portaient en réalité davantage sur des aides fournies par le FMI, et pas par la Banque mondiale. Viktor Loukachenko a en effet dénoncé le fait que le Fonds monétaire international aurait tenté de le forcer à décider un confinement, en échange de fonds. 

D'une institution financière à l'autre, les dénégations restent toutefois les mêmes. Suite à ces déclarations, un porte-parole du FMI s'est rapidement exprimé. "Je peux vous dire que nous n'avons pas exigé de quarantaine, d'isolement, de confinement", a-t-il précisé, "mais nous avons demandé des assurances quant aux mesures à prendre pour contenir la pandémie conformément aux recommandations de l'OMS, ce qui est notre procédure opérationnelle standard dans tous les pays."

Il apparaît donc que la Banque mondiale a été incriminée à tort, sur la base d'affirmations tenues par le président biélorusse et contestées par le FMI. Si des prêts sont effectués à des dizaines d'Etats à travers le monde pour les aider à affronter l'épidémie de Covid-19, ces derniers ne sont pas conditionnés à l'application de mesures politiques précises. Il n'a ainsi jamais été question de réclamer de la Biélorussie qu'elle applique un confinement de sa population. 

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