Non, le Captagon n'est pas et n'a jamais été la "drogue des djihadistes"

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RAPPORT - Selon un rapport publié par l'observatoire des drogues et des toxicomanies, le Captagon, une drogue qui nourrit énormément de fantasmes, n'est pas la "drogue des djihadistes". Ce mythe a été créé de toutes pièces après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

Le Captagon, cette drogue qui nourrit tous les fantasmes depuis la création de l’État Islamique, n’est pas et n’a jamais été la drogue des djihadistes, selon un rapport de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Cette drogue, une amphétamine tirée d’un ancien médicament fabriqué dans les années 60, n’a été consommé par "aucun des terroristes ayant commis des attentats revendiqués par l'Etat Islamique en Europe depuis 2015", peut-on lire dans ce rapport.

Un mythe créé de toutes pièces

"L’existence d’une drogue des djihadistes est un mythe", a déclaré à nos confrères de l’AFP l’auteur du rapport, Laurent Laniel, chercheur spécialiste des marchés des drogues illicites à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT). 


Dans son rapport intitulé "Captagon, déconstruction d’un mythe", Laurent Laniel raconte que la fascination des médias pour le captagon a commencé lors des attentats du 13 novembre 2015. À l’époque, les descriptions des témoins sur le calme et le sang-froid des terroristes présents au Bataclan avait laissé penser à certains nombre de médias (dont LCI) que les terroristes avait consommé du Captagon. Cette supposition s’explique par les effets de cette drogue notamment par la sensation d’invulnérabilité qu’elle procure.


"Mais aucun de ces terroristes n'a consommé du captagon avant de passer à l'acte", souligne Laurent Laniel. Les autopsies des membres du commando du 13 novembre confirment qu’aucun d’entre eux n’avait consommé de drogues ou d’alcool avant de passer à l’acte.


Pour l’auteur, le mythe autour du captagon est la conjoncture de deux facteurs : "le sensationnalisme qui fait vendre et l’irrationnel face à un ennemi incompris."

Une drogue sur le marché depuis les années 60

Contrairement à ce que beaucoup pensent, le captagon n’a pas vu le jour en 2015. "À l’origine, Captagon est le nom d’un médicament psychotrope commercialisé à partir du début des années 1960", peut-on lire dans le rapport. Elle était sous la forme d'un petit comprimé blanc estampé d'un logo caractéristique représentant deux demi-lunes. Son principe actif est la fénétylline, une drogue de synthèses de la famille des amphétamines.


"Or, la fénétylline n'est plus produite aujourd'hui, cette substance n'existe plus", explique M. Laniel. "Ce qu'on appelle le Captagon aujourd'hui et qui est vendu sur le marché illicite, est constitué principalement d'amphétamines et s'apparente à du speed". Ce captagon est fabriqué au Liban, et probablement aussi en Syrie et en Irak, selon le rapport, essentiellement à destination de l'Arabie Saoudite. 

Un mythe pour se rassurer

Selon Laurent Laniel, le mythe de la drogue du djihadiste exprime "la difficulté des sociétés occidentales à penser l'ennemi".

"Dans le contexte post-13 novembre, il était plus facile de penser que ces terroristes étaient drogués, que de voir qu'ils avaient commis des attentats de masse en tuant des gens avec des fusils d'assaut sans être défoncés, ni même avoir pris une goutte d'alcool", a-t-il expliqué.


"Cette croyance est aussi rendue plausible par le fait que l'usage de drogues stimulantes, et notamment d'amphétamine, dans le cadre d'opérations militaires est de longue date connue", a-t-il ajouté. Durant la Seconde Guerre Mondiale, côté alliés, les aviateurs de la Royal Air Force et de l'US Air Force disposaient de tablettes d'amphétamine, qui améliorent les fonctions cognitives et diminuent la sensation de faim et de fatigue, commercialisées sous le nom de Benzedrine et l'armée allemande de méthédrine ou méth-amphétamine (Pervetin), relevaient en 2016 des spécialistes dans un bulletin d'information de pharmacologie.

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