"Nous avons trouvé un outil idéal": SOS Méditerranée repart en mer à bord de son nouveau navire, l’Ocean Viking

SOS Méditerranée repart en mer à bord de son nouveau navire, l’Océan Viking
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SAUVETAGE EN MER - Après plus de sept mois de recherche, SOS Méditerranée a présenté lundi son nouveau navire - l'Ocean Viking - pour venir en aide aux migrants naufragés en Méditerranée. Une longue quête dont témoigne le directeur des opérations de l'ONG, Frédéric Penard.

Un bateau flambant neuf et aussi rouge qu’une bouée en mer. SOS Méditerranée a annoncé lundi 22 juillet, lors d’une conférence de presse, repartir en mer cet été à bord d’un nouveau navire, après l'immobilisation du précédent, privé de pavillon. Baptisé Ocean Viking et sous pavillon norvégien, il remplacera le célèbre Aquarius au large des côtes européennes.

L'ONG, connue pour ses missions de sauvetage de migrants à la dérive en mer Méditerranée, a donc cherché pendant près de sept mois un nouveau bâtiment pour continuer son travail. Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée, nous fait le récit de cette longue période d’attente, qu’il décrit comme "frustrante".

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Après trois ans d'expérience, nous savions ce que nous voulions- Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée

LCI : Comment a débuté la quête d'un nouveau navire?

Frédéric Penard : C'était assez complexe, et frustrant. À partir du moment où, à contrecœur, nous nous sommes résignés au fait que l'Aquarius ne repartirait plus, nous avons arrêté sa location et tout de suite mobilisé une équipe pour sonder le marché. Forts de nos trois ans d’expérience, nous avions un cahier des charges très rigoureux, bien plus précis qu’à nos débuts. Nous savions ce que nous recherchions et ce que nous ne voulions pas. Nous étions aussi au fait que de nouveaux enjeux devaient être pris en compte, comme le pavillon du navire. Etant donné la situation politique actuelle, il était nécessaire d’en avoir un assez solide pour ne pas être sensible à de quelconques pressions politiques.

Il nous fallait par ailleurs un armateur qui ait un certain courage pour s’engager avec nous. Surtout avec toute la campagne de désinformation et de criminalisation de la part de certains responsables qui a été faite autour de nous, et plus généralement autour de la situation en mer Méditerranée. En synthèse, nous avions donc un trio de recherche : bateau-pavillon-armateur.

Dès mi-janvier, nous avions listé une grosse dizaine de navires potentiels. Un mois après, nous avions jeté notre dévolu sur l'un d'eux, qui aurait été idéal. Sauf qu’il a été retiré de la location en mars. A ce moment-là, nous nous sommes demandés s’il y avait eu un blocage à cause de pressions quelconques. Mais il ne faut pas voir le mal partout, à priori c’est surtout une question commerciale. Quoi qu’il en soit, nous avons dû repartir à zéro en mars.

LCI : Après sept mois, vous trouvez donc l’Ocean Viking. Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur ce bâtiment ? 

Frédéric Penard : Il répondait parfaitement à notre cahier des charges. C’est un navire relativement récent, plus rapide, plus performant et plus robuste que l’Aquarius mais sans être trop gourmand en fioul. Physiquement, nous recherchions de grands espaces de ponts afin d’y installer des structures de prise en charge de personnes. Et enfin, nous avions besoin d'au moins deux bateaux semi-rigides de sauvetage. Là, nous en avons quatre ! Au-delà de ces critères nécessaires, l’Ocean Viking a une grosse valeur ajoutée : c’est déjà un outil de sauvetage. A l’origine, il est labellisé pour porter assistance aux plateformes pétrolières en urgence en cas d’incident majeur. On retrouve donc par exemple une passerelle très haute, avec une visibilité à 360 degrés sur l’horizon. Un outil idéal.

LCI : Vous notiez l’importance d’avoir un pavillon solide. C’est le cas de la Norvège?

Frédéric Penard : Oui, ça l’est. Dès les premières rencontres avec les autorités norvégiennes, nous étions convaincus. D’une part, parce que la Norvège est, comme beaucoup de pays évidemment, un État de droit solide. De plus, il y a une vraie tradition maritime dans ce pays. Les autorités respectent les conventions internationales. Donc le sauvetage en mer, c’est un sujet qu’elles maîtrisent. Enfin, le pays a une position diplomatique de défense des initiatives de la société civile et du multilatéralisme qui nous laissent penser qu’il ne pliera pas sous une quelconque pression politique.

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Pour l’Ocean Viking, il faudra débourser 14.000 euros par jour- Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée

LCI : Et concernant le troisième critère, à savoir l’armateur ?

Frédéric Penard : Une fois choisi, nous avons négocié de longues semaines avec le propriétaire. Nous avons parlé commercial, bien sûr, et des rôles et responsabilités juridiques de chaque partie. Mais surtout, nous sommes entrés dans les détails de notre mission. Nous avons appris à nous connaître : en déconstruisant des a priori, en montrant que nous étions sérieux et au clair juridiquement. Ces discussions ont pris des semaines.

Dans cette tâche, nous avons été aidés par des entreprises dont c’est la spécialité, un peu comme un agent immobilier. Leur mission est de faire l’intermédiaire au niveau des recherches puis des négociations avec l’armateur. Car évidemment il fallait prendre un autre élément en compte, celui du prix. Le coût d’affrètement d’un navire est énorme et à chaque fois c’est un pari fou de s’engager dans un contrat. Pour l’Ocean Viking, il s’agira de débourser 14.000 euros par jour. Nous ne sommes qu’une association. Et ce navire, ces initiatives, cette histoire, n’existent que parce que les citoyens les soutiennent. 

LCI : C’est donc reparti pour une saison en mer ?

Frédéric Penard : Exactement. Nous avons essayé d’être le plus discrets possibles depuis le début, mais dorénavant nous pouvons affirmer reprendre notre mission. Une tactique nécessaire parce que tant que l’Ocean Viking n’était pas en mer, nous voulions éviter de prêter le flanc à d’éventuels blocages. Nous avons bien fait les choses : le navire est prêt, l’armateur est convaincu, le pavillon est solide. Notre bateau est parti jeudi dernier du chantier naval en Pologne et est désormais en transit vers la Méditerranée. Il devrait être en place début août, mais nous n'avons pas encore mis au clair le jour où ne reprendrons le sauvetage. Car il faut laisser le temps à nos équipes de se réapproprier ce nouvel outil afin d’être le plus efficace possible. Si nous sommes heureux de pouvoir retourner en mer, c’est aussi l’occasion de faire un appel à la remobilisation des citoyens. Et aux dons de tous ceux qui ne veulent pas laisser des gens mourir en mer Méditerranée. 

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