"Nous n’avons pas lancé de révolution bikini" : que se passe-t-il sur les plages d’Algérie ?

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MAILLOT DE BAIN - Depuis plusieurs semaines, des femmes prendraient possession des plages en bikini pour demander plus de libertés. Qu’en est-il vraiment ? LCI fait le point.

Non loin de la frontière avec la Tunisie, se niche une plage entourée de collines : Annaba. Là, sur le sable algérien, plusieurs copines discutent. Les rires se mêlent et les discussions s’animent. Seule différence avec l'an passé ? La majorité est en bikini. "Tout est parti d’un ras-le-bol, raconte Rym, 25 ans, à LCI. Tout le monde attendait avec impatience la fin du Ramadan pour aller à la plage [samedi 24 juin]. Mais comme à chaque fois, qui dit bikini dit aussi regards lourds, insistants et remarques déplacées". 

Un soir de juillet, une habitante d’Annaba explose. Sur Facebook, elle raconte son malaise. Celui de ne pas pouvoir se baigner dans la tenue de son choix. Elle raconte l'ambiance pesante, la désapprobation de certains hommes.  Dans la foulée, elle lance un groupe Facebook pour elle et ses amies. L’idée ? Se donner rendez-vous pour aller ensemble se baigner et être plus fortes. Depuis, ce groupe secret réunit plus de 3.000 personnes. 

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Aller à la plage ensemble

Se baigner en bikini sur une plage algérienne n'est pas un phénomène nouveau. Mais cela relève du défi. Toutes décrivent des regards insistants, lourds, des remarques déplacées des hommes mais aussi des femmes. "Certaines nous interpellent du type : est-ce que ton père accepte que tu te baignes dans cette tenue ? Tu n’as pas l’impression d’être un morceau de viande", ajoute Yasmine, 17 ans. Cette année, elle raconte avoir hésité à enfiler son maillot de bain. "Je n'avais pas envie de devoir affronter tous ces commentaires désobligeants".

Nous n’avons pas lancé de révolution bikini ni de mouvement- Rym, une jeune algérienne

Aussi, pour ne pas être seule sur le sable, une à deux fois par semaine, elles se donnent rendez-vous via Facebook. Ensemble, elles choisissent la date et le lieu exact sur cette plage excentrée d’Annaba. "Nous n’avons pas lancé de révolution bikini ni de mouvement, ce n’est pas du tout le cas, souligne Rym. Nous, on voulait juste se baigner tranquillement. Sur le groupe, l’une d’entre nous disait ‘on se mettra à tel endroit sur la plage vous pouvez venir avec qui vous voulez si vous voulez être tranquilles’ et c’est tout". 

Et depuis le 5 juillet, jour de l'indépendance de l'Algérie, cette bande d’amies constate que les femmes reviennent sur la plage quand remarques et autres gestes déplacés s'éloignent. "Ensemble, on est plus fortes. Dans le Coran, il est inscrit que nous devons respecter notre prochain, mais où est le respect quand les hommes nous traitent comme des marchandises ? Je suis musulmane et pratiquante et ma façon de m’habiller ne regarde que moi", raconte Rym. 

Une fausse "baignade républicaine"

Si cette action a été beaucoup relayée en France, elle ne plaît cependant pas à tout le monde. "On a commencé à voir émerger une campagne misogyne. Cela consiste à photographier chaque fille en bikini et à la mettre sur les réseaux sociaux afin de les dissuader de se mettre en bikini.", raconte Sofiane. Les remarques sur les réseaux sociaux aussi se font acerbes. Mais sur la plage, la bande de copines se moquent de ses critiques.  "L’an passé, je ne suis pas partie une seule fois à la plage. C’était trop l’horreur. Cette année, je peux profiter librement du soleil et du sable". 

De cette initiative très locale, elles racontent avoir été dépassées par l'ampleur. "C'est pas un grand mouvement organisé, c'est une initiative locale. Après, j'ai entendu que d'autres villes pourraient s'y mettre, tant mieux ! Mais là encore, on parle d'initiatives locales", ajoute Samia, 48 ans. Quant à "la grande baignade républicaine", qui devait se dérouler ce lundi, toutes disent en avoir pris connaissance avec l’article de Marianne, repris par toute la presse française (y compris LCI). Et un journal algérien dénonce un canular. 

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