Nouvelle Constitution en Thaïlande : l'armée impose une démocratie de façade

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MANIPULATION - Ils ont été 62% à voter en faveur d’une nouvelle Constitution donnant les pleins pouvoirs à l’armée le 7 août, mais combien sont-ils à n’avoir pas eu accès au contenu du texte ? L’opposition thaïlandaise dénonce des "pressions" exercées avant le référendum.

C’est voté. Les Thaïlandais ont approuvé à 62% une nouvelle Constitution très controversée lors d’un référendum organisé le 7 août, qui permettra à la junte au pouvoir de contrôler la scène politique et ce, même après les élections législatives de 2017. Plus précisément, le Parlement sera sous la coupe d'une chambre dirigée par les généraux. De quoi affaiblir un peu plus l’appareil démocratique et s’enliser dans les rouages d’une dictature silencieuse.

L’utopie d’une démocratie

Si le chef de la junte, le général Prayut Chan-O-Cha, auteur du coup d'Etat de 2014 et Premier ministre autoproclamé, affirme que ce référendum "a été conduit avec une grande transparence", l’opposition elle, dénonce des "pressions" exercées avant le vote. "Comme dans toute dictature", souligne Nattawut Saikua, l'un des meneurs du mouvement d’opposition Chemises rouges.

Selon une correspondante de l’AFP basée en Thaïlande, la principale chaîne de télévision de l’opposition a été fermée pendant un mois. En outre, très peu d’informations sur le contenu du texte ont été communiquées au peuple, rapporte France 24 . "La propagande distribuée promet le bonheur du peuple tout simplement (...) Pas un mot n'est dit sur ce que va changer vraiment la Constitution."

Les trompe-l’œil de la campagne

Depuis le coup d’Etat de l’armée le 22 mai 2014, de nombreuses mesures répressives ont été instaurées, parmi lesquelles l’interdiction de se rassembler ou de manifester sous peine d’emprisonnement. La liberté d’expression n’est plus qu’un leurre en Thaïlande et les débats publics sur le sujet ont été formellement interdits. Un décret prévoyait même une peine de dix ans de prison pour ceux qui tenteraient d’influencer les électeurs avant le vote "en déformant la réalité", rapporte Opinion Internationale .

Seuls des tracts distribués par la Commission électorale, dont l'impartialité est sujette à caution, insistaient sur "le bonheur" que susciterait cette nouvelle Constitution, avec des photos d'enfants souriants. Aucune mention du fait que le Sénat ne serait plus élu, mais nommé et contrôlé par l’armée.

"Les auteurs du coup d'Etat ont déchiré l'ancienne Constitution et nous ont volé nos droits, en se mettant en position de contrôler le gouvernement", notamment via un Sénat élu, a dénoncé Ohm Kontaogan, opposé à la nouvelle Constitution qui verrouillera le système en plaçant l’armée au premier rang, empêchant ainsi les Shinawatra de gouverner à leur guise, même s'ils gagnent les prochaines élections.

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