Nouvelle Constitution en Tunisie : "une étape plus qu'une conclusion"

Nouvelle Constitution en Tunisie : "une étape plus qu'une conclusion"

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MAGHREB - Au lendemain de son adoption, la nouvelle Constitution tunisienne a été promulguée lundi par le président. S'ouvre une période de gouvernement apolitique, qui doit conduire le pays vers des élections législatives et présidentielle d'ici à la fin de l'année.

Sur le long chemin vers la démocratie, la Tunisie a franchi un cap. Un col, même. Plus de trois ans après la révolution qui a mis fin à l'ère Ben Ali, l'Assemblée nationale constituante a fini par adopter dimanche soir la nouvelle Constitution du pays, signée lundi par le chef de l'Etat. Quelques heures auparavant, la composition du nouveau gouvernement avait été annoncée : apolitique, il devra emmener le pays vers des élections législatives et présidentielle avant la fin de l'année.

"Ce n'est pas une conclusion, c'est une étape dans le processus de transition démocratique", souligne pour metronews Béligh Nabli, directeur de recherche à l'IRIS*. Mais une étape importante : "Finalement, les nouveaux acteurs politiques du pays ont su démontrer leur capacité à dégager un compromis, voire un consensus, sur un texte qui n'est rien de moins que le nouveau contrat social du pays". La loi fondamentale consacre désormais les droits et libertés collectifs, l'indépendance des pouvoirs et introduit même, pour la première fois dans le monde arabe, un objectif de parité "hommes-femmes" dans les assemblées élues. "On entérine notre victoire contre la dictature", s'est félicité lundi le président Moncef Marzouki.

"Ennahda a su se plier au jeu démocratique"

"Ce n'est pas banal d'obtenir de telles avancées dans une assemblée dominée par les islamistes, relève le spécialiste. Contrairement aux Frères musulmans en Egypte, les islamistes tunisiens d'Ennahda ont su se plier au jeu démocratique, en prenant conscience qu'un texte aussi important ne pouvait pas être adopté sans tenir compte de l'opposition, contre toute une partie de la société".

Les islamistes ont-ils pour autant abandonné toute volonté de pouvoir en Tunisie ? "Au contraire, en montrant un visage plus ouvert, ils atténuent leur bilan négatif sur le plan économique et social,", analyse Béligh Nabli. Et ce, en vue d'un retour. "C'est une stratégie de bon aloi, puisqu'ils vont tenter de regagner le pouvoir par la compétition électorale, démocratique donc". D'ici là, le gouvernement d'indépendants dirigé par Mehdi Jomaâ aura peut-être eu une vertu : "Montrer une autre manière de gouverner que celle des islamistes, en mettant en avant des compétences techniques". Et non plus seulement une idéologie.

*auteur de "Comprendre le monde arabe" (éd. Armand Colin)

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