Nucléaire iranien : les États-Unis, "gendarme économique de la planète" ?

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PUISSANCE - En sortant de l'accord sur le nucléaire iranien, les États-Unis pourraient appliquer des sanctions économiques aux entreprises du monde entier qui commercent avec l'Iran. Parmi elles, des groupes français.

Commercer avec l'Iran ou avec les États-Unis ? Le choix donné par Donald Trump à de nombreuses entreprises dans le monde est lourd de conséquences. En annonçant sa sortie de l'accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions visant les entreprises qui travaillent en Iran, le président américain frappe au portefeuille. Côté français, cette décision pourrait mettre un coup d'arrêt à d'ambitieux projets portés dans le pays par Total, Airbus, Sanofi, Renault ou Peugeot.


Pendant de longues années, les sanctions économiques américaines sur l'Iran et ses clients potentiels avaient permis d'amener la République islamique à la table des négociations, qui aboutirent au texte signé en 2015. Désormais, ces mêmes sanctions américaines pourraient tuer l'accord issu de ces pourparlers. Dans un cas comme dans l'autre, la logique est d'empêcher le monde entier de commercer avec l'Iran afin de mettre une pression maximale sur le régime de Téhéran.

La puissance commerciale devenue un outil diplomatique

Grâce à toute une palette de sanctions, Washington entend donc désormais forcer les entreprises étrangères à choisir entre faire des affaires en Iran ou aux Etats-Unis. Ces sanctions, dites "extraterritoriales", s'appliqueraient immédiatement pour les contrats nouvellement signés et à l'issue de périodes transitoires de 90 à 180 jours pour les contrats déjà validés.


Une "erreur économique" selon le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire, qui a rappelé ce mercredi sur France Culture qu'en deux ans, "la France a multiplié par trois son excédent commercial en Iran". Selon lui, "ça fait des États-Unis le gendarme économique de la planète et je considère que ce n'est pas une situation qui est acceptable".

Que peuvent faire les entreprises visées par des sanctions ?

Devant l'annonce de Donald Trump, les pays étrangers qui voulaient commercer avec l'Iran, comme  la France, ont cependant peu d'options. La première, avancée par les responsables européens et iraniens, est de continuer à appliquer l'accord tout en cherchant à obtenir des exemptions de la part des Américains. Le but : que les sociétés européennes puissent encore commercer avec l'Iran sans faire l'objet de sanctions américaines. Mais les entreprises en question semblent jusqu'ici assez impuissantes, les négociations ayant lieu "au niveau de l'ensemble de l'Union européenne avec les Etats-Unis", a déclaré mercredi une source à l'Elysée. 


Sur ce point, Bruno Le Maire a indiqué qu'il aura un contact d'ici la fin de semaine avec son homologue américain, le secrétaire d'Etat au Trésor Steve Mnuchin. Le ministre a expliqué que sa priorité  est d'étudier "ce qui peut être fait d'un point de vue très technique. Est-ce qu'on prend ce qu'on appelle des 'clauses grand-père', si des accords qui ont été déjà signés depuis longtemps vont continuer à s'appliquer, si on peut envisager des exemptions ?"

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Guerre commerciale ou nouvel accord

Mais, au premier abord, si l'objectif de Washington est bel et bien de tuer l'actuel accord sur le nucléaire iranien, les États-Unis semble avoir peu d'intérêt à exempter les entreprises européennes de sanctions. C'est là qu'intervient, en théorie, le "nouvel accord" évoqué par Emmanuel Macron et Donald Trump, qui doit englober, outre le nucléaire iranien à court terme, les activités balistiques de l'Iran, la stabilité politique dans la région et le programme nucléaire à long terme. Ce nouvel accord "est là aujourd'hui pour donner une perspective pour éviter un vide stratégique", indique une source à l'Elysée, mais il est surtout bourré de lignes rouges du point de vue des Iraniens. 


" La marge de manœuvre de l’Union européenne est assez réduite", analyse ainsi pour RFI Vincent Eiffling, chercheur à l'Université de Louvain en Belgique, qui évoque un ultime scénario : "L'Union européenne pourrait mettre en place des contre-mesures qui viendraient contrebalancer la décision d’établir des sanctions extraterritoriales américaines, ce qui conduirait finalement l’Europe à s’engager dans une espèce de guerre politico-commerciale avec les Etats-Unis". Une guerre commerciale entre alliés donc, à défaut d'une guerre tout court sur le terrain face à un poids lourd régional.

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