Offensive turque en Syrie : faut-il craindre une grande évasion des djihadistes retenus par les Kurdes ?

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Offensive turque contre les forces kurdes en Syrie

RÉPERCUSSION - Les évasions des djihadistes étrangers détenus en Syrie par les Kurdes pourraient être facilitées avec l'attaque de la région par l'armée turque. Les forces kurdes reprochent d'ailleurs à la Turquie le bombardement d'une prison abritant de nombreux prisonniers de Daech. De quoi soulever une réelle inquiétude.

Ils pourraient profiter du chaos pour s'évanouir dans la nature. Le sort des djihadistes étrangers retenus par les Kurdes pourrait être bouleversé par l'offensive turque en cours dans le nord-est de la Syrie. Cette action, annoncée par Recep Tayyip Erdogan, vise à éliminer "un corridor terroriste" dans le sud de la Turquie contre ce qu'il appelle "la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG)", qu'elle considère comme un groupe "terroriste" mais qui est soutenue par les pays occidentaux. 

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG), "ont prévenu que si la Turquie pénétrait en Syrie, elles devraient consacrer leurs forces à repousser l'attaque turque", explique à l'AFP Sam Heller, analyste à l'International Crisis Group (ICG), forçant l'hypothèse d'une grande évasion des djihadistes. "Elles détiennent des milliers de prisonniers du groupe État islamique, souvent dans des prisons improvisées", ajoute-t-il. "Si des cadres de l'EI s'évadent à la faveur du chaos, ils seront en mesure de remonter des opérations dans la zone. Et s'ils fuient le champ de bataille syrien, ils pourraient renforcer des groupes radicaux islamistes dans le reste du monde".

Une prison détenant des djihadistes visée

C'est dans ce contexte anxiogène que l'administration semi-autonome kurde a annoncé ce jeudi 10 octobre que des bombardements turcs avaient touché une prison abritant des combattants étrangers du groupe État islamique dans le nord de la Syrie, malgré la promesse d'Ankara d'empêcher une résurgence djihadiste. L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui a un vaste réseau de sources en Syrie, a indiqué que "des tirs d'artillerie" d'Ankara avaient visé "les environs" de la prison. "Le régime turc a visé mercredi soir (...) une partie de la prison de Jarkine à Qamichli où se trouvent un grand nombre de terroristes de l'EI", ont indiqué dans un communiqué les autorités kurdes sans fournir de plus amples détails sur les dégâts. Cette prison "abrite les plus dangereux des criminels originaires de plus de 60 pays", souligne en revanche le texte.

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Des milliers de djihadistes, notamment étrangers, sont actuellement retenus dans les prisons gérées par les autorités kurdes, tout comme les camps de déplacés accueillent des milliers de femmes et d'enfants affiliés à l'État islamique. Les FDS affirment depuis plusieurs jours que l'opération turque annulerait "des années de combats fructueux" et menacerait les installations. Les 10.000 djihadistes, dont 2000 Européens et 400 Français, détenus par les YPG pourraient en profiter pour s'évader. Des chefs de l'EI, encore en vie, pourraient sortir de leur cachette en l'absence de leurs gardiens appelés sur le front. 

Le danger est là : une dissémination non contrôlée- Nicole BELLOUBET, ministre de la Justice

Faut-il craindre une fuite des djihadistes ? "C'est le monde entier qui doit s'inquiéter. On ne sait pas où ils iront. Le danger est là : une dissémination non contrôlée de ces personnes", s'est inquiété la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, sur RTL. Une crainte exprimée par plusieurs pays, dont la France donc. Le président de la République Emmanuel Macron a ainsi jugé que cette offensive diligentée par Ankara "risque d'aider Daech à reconstruire son califat." "Ce risque d'aider Daech à reconstruire son califat, c'est la responsabilité que prend la Turquie", a-t-il dénoncé ce jeudi lors d'une conférence de presse à Lyon.

En prévision de l'offensive turque, annoncée plusieurs jours à l'avance, l'armée américaine a transféré "en lieu sûr" au moins deux importants membres de l'État islamique, a révélé sur Twitter jeudi le président Donald Trump, pour qui les combattants "vont s'échapper vers l'Europe. C'est là où ils veulent aller. Ils veulent rentrer chez eux." Selon le Center on National Security (CNS) de l'université new-yorkaise de Fordham, citant de hauts responsables américains, ce sont "plusieurs douzaines" de membres de Daech détenus par les FDS qui ont été mis à l'abri préventivement par l'US Army, certainement en Irak.

En faisant fi de ces précautions, et en dépit des circonstances, les Kurdes de Syrie continuent d'assurer leur double casquette sur le terrain. Tout en maintenant leur coopération avec la France notamment. "On va essayer de jongler sur plusieurs fronts avec les moyens dont on dispose", a déclaré à l'AFP leur représentant en France, Khaled Issa. "On est obligé de retirer une partie (de nos hommes), même sur la vallée de l'Euphrate où éventuellement le régime et ses alliés peuvent avancer. Cette opération aura un impact bien négatif sur notre combat contre les cellules dormantes de l'EI, qu'on faisait tous les jours".

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