Origines modestes, continuité, "Oncle Reiwa" : ce qu'il faut savoir sur Yoshihide Suga, nouveau Premier ministre du Japon

Yoshihide Suga, nouveau Premier ministre du Japon après la démission de Shinzo Abe
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PORTRAIT - Élu ce mercredi par une large majorité parlementaire, le tout nouveau chef du gouvernement remplace Shinzo Abe affaibli par la maladie. Ce fidèle lieutenant devrait poursuivre la politique de son prédécesseur. Profil d'une personnalité de l'ombre.

Une simple formalité. Après sa nomination à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD), formation politique au pouvoir, Yoshihide Suga a été désigné nouveau Premier ministre du Japon. Il a récolté une large majorité au Parlement, que ce soit à la chambre basse (68% des suffrages exprimés) ou à la chambre haute (59% des suffrages exprimés). 

Le Japonais de 71 ans remplace celui qu'il a fidèlement servi et conseillé durant de longues années, Shinzo Abe, démissionnaire car affaibli par la maladie. Un changement de tête ? Oui. Une évolution politique ? Probablement pas, tant la feuille de route de Yoshihide Suga devrait s'inscrire dans la continuité de celle de son prédécesseur. 

Des origines modestes

Issu d'un milieu modeste, cet homme marié et père de trois enfants détonne au sein d'un parti du PLD dominé par des héritiers de grandes familles politiciennes. Fils d'un cultivateur de fraises et d'une enseignante de la région d'Akita (nord), il a lui-même financé ses études à Tokyo en enchaînant des petits boulots dans une usine de cartons, ou comme manutentionnaire au grand marché aux poissons de la capitale. Après plusieurs années d'études de droit, il s'oriente rapidement vers une carrière politique. Il fait ses armes auprès d'un élu de Yokohama avant d'entrer au Conseil Municipal de cette même grande ville. En 1996, neuf ans plus tard, il en devient député, un siège qu'il détient toujours aujourd'hui. 

Yoshihide Suga occupait depuis 2012 la fonction de Secrétaire général du gouvernement, un poste hautement stratégique. Il a notamment œuvré pour l'assouplissement des restrictions sur le travail des étrangers dans un pays en manque de main-d'oeuvre et il a porté diverses initiatives, comme la mise en place d'un crédit d'impôt pour soutenir les régions rurales et la réduction des tarifs des opérateurs mobiles.

Entre continuité et défis

Désormais à la tête du gouvernement, l'ancien bras droit de Shinzo Abe incarne la stabilité et la continuité. Plusieurs ministres conservent d'ailleurs leur porte-feuille, à l'instar de Toshimitsu Motegi aux Affaires étrangères, du vétéran Taro Aso aux Finances ou du jeune Shinjiro Koizumi (39 ans), à l'Environnement. Sur le plan économique, il devrait ainsi prioriser la croissance économique aux efforts pour réparer les finances en lambeaux du pays. "Ce n'est que lorsque nous aurons une croissance économique que nous pourrons faire avancer la réforme fiscale", a martelé Yoshihide Suga. 

Au-delà du redressement économique du pays, de nombreux défis attendent le nouveau Premier ministre, à commencer par la gestion de la crise du coronavirus et l’apaisement de relations diplomatiques souvent tortueuses avec ses voisins chinois et sud-coréens. Il devra aussi faire avec les incertitudes qui planent sur les Jeux olympiques de Tokyo (reportés à l'été 2021) et les inconnues autour de l'élection américaine à venir. 

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"Personne ne sait vraiment qui est cet homme"

Malgré sa carrure d'homme d'état rodé aux rouages de la bureaucratie japonaise, Yoshihide Suga souffre encore d'un certain manque de relief. "Personne ne sait vraiment qui est cet homme. Il a travaillé dans les coulisses", précise Brad Glosserman auteur de Peak Japan: The End of Great Ambitions. Son image publique s'est néanmoins étoffée auprès de l'opinion lorsqu'il a dévoilé l'an dernier le nom de la nouvelle ère impériale du Japon devant la nation entière, lui valant le surnom affectif d'"Oncle Reiwa". 

Pourtant une certaine impression de raideur demeure. Makoto Iokibe, politologue de l'université de Hyogo, explique que "M. Suga est capable de mettre en place des politiques en contrôlant les bureaucrates, mais il a du mal à gagner les cœurs". Un défi de plus pour un homme qui en raffole. 

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